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 [ARTICLE] Interview d'une travailleuse en CCAS 7 403

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Radinouk

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MessageSujet: [ARTICLE] Interview d'une travailleuse en CCAS 7 403   Jeu 9 Juil 2015 - 13:38

Voici l'interview de la mère de Camille. Y a peut-être des trucs à revoir pour mieux coller à la problématique.
Sachant que sa mère peut répondre par mail en fait. Peut-être ôté le passage à la fin sur les syndicats, je suis pas sure que ça ait un intéret pour notre problématique.
Interview d'une travailleuse au CCAS (Angers).




C'était quoi ton rapport au service public ?

Dans ma famille, on ne parlait pas du service public. Je suis fille de commerçants, on vivait dans un village, et les fonctionnaires n'avaient pas bonne réputation, c'était des feignants.

Comment tu es entrée dans le service public ?

Quand je suis rentrée, j'ai dit « Oh je ne serais jamais fonctionnaire toute ma vie ». J'ai eu cette opportunité assez tard.
Des copines m'ont dit que l'on pouvait passer le concours de la fonction publique sur titre, j'étais jeune diplômée et j'ai tenté. J'ai été retenue et j'ai validé mon titre in extremis (il était valide deux ans) en étant embauchée au sein d'une collectivité territoriale. Ça fait 18 ans, maintenant.

Comment tu as vécu le passage de l'associatif au service public ?

J'arrivais d'une association dans laquelle j'accompagnais les ménages dans le cadre de «mesures d'accompagnement social logement ». Je travaillais 45h/semaine - voir plus car je faisais mes écrits à la maison Je suis donc arrivée dans un service dans lequel on m'a mis tranquillement au courant de ma nouvelle mission, qui était d'accompagner les bénéficiaires du RMI. Passer d'un rythme d'enfer à un travail plus « plan-plan » m'a fait au début un peu peur. J'ai aussi constaté que certaines personnes avaient une conception du travail qui ne me correspondait pas. Elles étaient très à cheval sur les horaires, 37h35 par semaine et pas plus... Donc au début j'ai eu des craintes car ces personnes collaient aux représentations négatives que j'avais du service public. Mais après j'ai rencontré des personnes qui voulaient développer des projets et qui ont su nous embarquer (je parle des responsables et des élus), et j'avais des collègues avec qui je partageais des valeurs. Je me suis rendue compte qu'il y avait du possible et que l'on avait des marges de manœuvre assez importantes. Il y avait le souci des usagers et du service public.

Est ce que tu as revendiqué le fait d'être dans le service public après ?
J'ai bien sûr revendiqué de travailler dans le service public, mais j'avais des difficultés avec le mot fonctionnaire (toujours l'histoire qui me rattrapait). Mais j'ai défendu le service public et je le défends encore.

 Et comment tu as vécu ton évolution ?
Durant les premières années, j'ai eu des responsabilités sur le logement, j'ai développé cette thématique au sein de ma collectivité, j'ai travaillé avec beaucoup de partenaires et j'étais reconnue par mes collègues. Les années passent, les dispositifs évoluent, les directions et les élus changent, ce qui implique que les orientations et les missions aussi changent. Depuis quelques années l'évolution s'est portée sur la mise en place de dispositifs d'aide financière qui ne nécessitaient pas d'intervention sociale et notre service s'est refermé sur lui-même. Aujourd'hui, il y a une nouvelle organisation qui se dessine, de nouveaux projets, donc de « nouveaux possibles ». Si j'ai un regret sur ces 18 années, c'est que je n'ai pas assez utilisé toutes mes opportunités de formations, notamment dans le cadre du CNFPT (1). Quand je suis au travail, je suis au travail. Mais ça je le ferais pour les années à venir, et pour les formations syndicales aussi.
Qu'est ce que tu peux me dire sur ce « fossé de générations » (s'il y en a vraiment un) dont tu parles des fois ? Sur la conception de votre travail avec tes collègues ?

Pour moi c'est lié à plusieurs points. L'âge bien sûr, la maturité, le moment de notre vie (mes jeunes collègues sont jeunes mamans, elles font leur travail mais n'ont pas le temps de faire plus), l'expérience professionnelle (je pense que je n'interviens plus de la même façon aujourd'hui qu'il y a 20 ans), l'assurance dans certaines situations. Mes collègues travaillent bien, je n'en doute pas, mais c'est clair qu'on n'a pas la même façon d'intervenir auprès des gens. Peut-être que moi je suis plus tranchée, je demande beaucoup plus de respect aujourd'hui qu'avant. Avant j'acceptais beaucoup plus de choses de la part des usagers. J'ai une assurance de position peut-être dans mes accompagnements. Ça ne veut pas dire que je ne fais pas, hein, mais ce n'est pas parce qu'on est travailleur social qu'on doit tout accepter. Les personnes en difficulté ne sont pas toutes « bonnes », c'est comme partout, y'a des cons et des moins cons. Pour ce qui est des relations entre collègues, le problème est aussi sociétal : même si on a de l'analyse de pratique, on ne débat pas entre nous sur nos pratiques, nos visions du travail. Nos réunions doivent se dérouler sans un mot plus haut que l'autre, tout doit être bienveillant, le débat est synonyme de conflit, mais cela n'existe pas que chez nous (c'est pour cela que je dis que c'est sociétal). C'est ce qui est difficile aujourd'hui, c'est qu'il n'y a plus de débat, alors que pour moi il est constructeur de nouvelles idées. Moi j'ai envie d'argumenter, parce qu'argumenter ça nous fait créer.


Qu'est ce que tu penses du service public aujourd'hui, en général mais aussi le tien en particulier ?


Je pense qu'il a besoin de se re-questionner, de se réorganiser car c'est parfois un dinosaure (sur son fonctionnement, sur ses objectifs, sur les services rendus). Je le trouve parfois vieillot. Il doit se redonner du sens. Je trouve que parfois les personnes qui y travaillent abusent du système (pour moi le temps de présence doit correspondre au temps de travail, mais ce n'est pas le cas pour tout le monde, d'où l'image du fonctionnaire) et ne se sentent responsables de rien (dans le sens où ils ne vont pas prendre soin du lieu de travail). Je suis partie l'autre soir, y'avait des ventilateurs encore allumés dans des bureaux, alors qu'il n'y avait personne. Tout est comme ça, et ça paraît con, mais se sentir responsable de ça, pour moi c'est aussi se sentir responsable d'autre chose, autour. Des fois, en plus, ces personnes là vont être défendues par les syndicats, alors que clairement elles déconnent dans leur fonctionnement (des gens qui n'arrivent jamais à l'heure, qui trichent sur la pointeuse). Mais les syndicats sont de plus en plus présents, et le syndicat SUD a de plus en plus de représentants, faut attendre, parce que ce sont de « jeunes syndicalistes » (pas jeunes en âge mais en expérience) et ils sont en train de prendre leur place. Pour moi ce qui compte c'est de comprendre ce qui va mal, ce qui est déconnant dans l'organisation, qui fait que l'on laisse les gens évoluer dans ces situations là. Si c'est un manque de reconnaissance par exemple, comment peut-on la remettre en place ? Mais pour ça il faut être dans la réflexion, être accompagné, pour arriver à ce questionnement.
Le service public doit permettre la mise en œuvre de l'égalité (accès à tou-te-s). La solidarité ne peut pas être axée sur la rentabilité, elle doit servir l’intérêt général mais doit aussi accompagner l'évolution sociétale. On doit tout faire pour ne laisser personne au bord du chemin. Je me demande si le service public n'est pas en péril (c'est fini la belle époque où on dépensait sans compter), son organisation se calque sur les organisations du privé, je crains qu'il se déshumanise (on entend parler de dématérialisation) ; le service public doit être créatif pour répondre au mieux et au plus juste aux usagers quels qu'ils soient.
(1) Centre national de la fonction publique territoriale, organisme qui assure entre autres des missions de formations.
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Minh



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MessageSujet: Re: [ARTICLE] Interview d'une travailleuse en CCAS 7 403   Sam 11 Juil 2015 - 18:40

Oui on peut zapper sur les syndicats qui couvrent les branleurs de fonctionnaires :D C'est un poncif jusque Paris 8, où on donnait une promotion à des salariés fictifs. LOL.

Ce qui est bien c'est que l'interview définit l'idée du service public : l'intérêt général.

Manque quelque part dans le journal, par ailleurs, l'idée de proximité géographiques des services : comme le service public est en train d'être détruit par les coupes budgétaires etc., y a moins de structures proches des gens. On doit aller plus loin, ou bien les écoles par exemple débordent. Bref.
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Radinouk

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MessageSujet: version retravaillée 6500 signes    Mar 14 Juil 2015 - 11:40

C'est compliqué de couper plus. Manque un titre et une mini intro. Je renvoie à Camille pour validation et voir si elle a des idées. 
Je propose de mettre cadre sur RMI, 37H35 et CNPFT. 
Si quelqu'un voit où couper 500 signes de plus, dites moi. 




Comment tu es entrée dans le service public ?
Dans ma famille, on ne parlait pas du service public. Je suis fille de commerçants, on vivait dans un village, et les fonctionnaires n'avaient pas bonne réputation : « c'était des feignants ». Quand je suis entrée, j'ai dit « Oh, je ne serai jamais fonctionnaire toute ma vie ». J'ai eu cette opportunité assez tard. Des copines m'ont dit que l'on pouvait passer le concours de la fonction publique sur titre, j'étais jeune diplômée et j'ai tenté. J'ai été retenue et j'ai validé mon titre in extremis, il était valide deux ans, en étant embauchée au sein d'une collectivité territoriale. Ça fait 18 ans, maintenant. J'arrivais d'une association dans laquelle j'accompagnais les ménages dans le cadre de «mesures d'accompagnement social logement ». Je travaillais 45h/semaine voire plus car je faisais mes écrits à la maison… Je suis donc arrivée dans un service dans lequel on m'a mise tranquillement au courant de ma nouvelle mission, qui était d'accompagner les bénéficiaires du RMI. Passer d'un rythme d'enfer à un travail plus « plan-plan » m'a fait au début un peu peur. J'ai aussi constaté que certaines personnes avaient une conception du travail qui ne me correspondait pas. Elles étaient très à cheval sur les horaires, 37h35 par semaine et pas plus... Donc au début j'ai eu des craintes car ces personnes collaient aux représentations négatives que j'avais du service public. Mais après j'ai rencontré des personnes qui voulaient développer des projets et qui ont su nous embarquer (je parle des responsables et des élus), et j'avais des collègues avec qui je partageais des valeurs. Je me suis rendue compte qu'il y avait du possible et que l'on avait des marges de manœuvre assez importantes. Il y avait le souci des usagers et du service public. Par la suite, j'ai revendiqué de travailler dans le service public, mais j'avais toujours des difficultés avec le mot fonctionnaire, toujours l'histoire qui me rattrapait. Mais j'ai défendu le service public et je le défends encore.
 Et comment tu as vécu ton évolution ?
Durant les premières années, j'ai eu des responsabilités sur le logement, j'ai développé cette thématique au sein de ma collectivité, j'ai travaillé avec beaucoup de partenaires et j'étais reconnue par mes collègues. Les années passent, les dispositifs évoluent, les directions et les élus changent, ce qui implique que les orientations et les missions aussi changent. Depuis quelques années l'évolution s'est portée sur la mise en place de dispositifs d'aide financière qui ne nécessitaient pas d'intervention sociale et notre service s'est refermé sur lui-même. Aujourd'hui, il y a une nouvelle organisation qui se dessine, de nouveaux projets, donc de « nouveaux possibles ». Si j'ai un regret sur ces 18 années, c'est que je n'ai pas assez utilisé toutes mes opportunités de formations, notamment dans le cadre du CNFPT[url=#sdfootnote1sym]1[/url]. Quand je suis au travail, je suis au travail. Mais ça je le ferai pour les années à venir.

Tu me parles parfois d'un « fossé de génération » sur la conception de votre travail avec tes collègues, qu'est-ce que t'entend par là ?
Pour moi c'est lié à plusieurs points. L'âge bien sûr, la maturité, le moment de notre vie. Mes jeunes collègues sont jeunes mamans, elles font leur travail mais n'ont pas le temps de faire plus. L'expérience professionnelle, je pense que je n'interviens plus de la même façon aujourd'hui qu'il y a 20 ans, l'assurance dans certaines situations. Mes collègues travaillent bien, je n'en doute pas, mais c'est clair qu'on n'a pas la même façon d'intervenir auprès des gens. Peut-être que moi je suis plus tranchée, je demande beaucoup plus de respect aujourd'hui qu'avant. Avant j'acceptais beaucoup plus de choses de la part des usagers. J'ai une assurance de position peut-être dans mes accompagnements. Ça ne veut pas dire que je ne fais pas, mais ce n'est pas parce qu'on est travailleur social qu'on doit tout accepter. Les personnes en difficulté ne sont pas toutes « bonnes », c'est comme partout, y a des cons et des moins cons. Pour ce qui est des relations entre collègues, le problème est aussi sociétal : même si on a de l'analyse de pratique, on ne débat pas entre nous sur nos pratiques, nos visions du travail. Nos réunions doivent se dérouler sans un mot plus haut que l'autre, tout doit être bienveillant, le débat est synonyme de conflit, mais cela n'existe pas que chez nous (c'est pour cela que je dis que c'est sociétal). C'est ce qui est difficile aujourd'hui, c'est qu'il n'y a plus de débat, alors que pour moi il est constructeur de nouvelles idées. Moi j'ai envie d'argumenter, parce qu'argumenter ça nous fait créer.

Qu'est ce que tu penses du service public aujourd'hui ?
Je pense qu'il a besoin de se re-questionner, de se réorganiser car c'est parfois un dinosaure : sur son fonctionnement, sur ses objectifs, sur les services rendus. Il doit se redonner du sens. Je trouve que parfois les personnes qui y travaillent abusent du système, pour moi le temps de présence doit correspondre au temps de travail, mais ce n'est pas le cas pour tout le monde, d'où l'image du fonctionnaire, et ne se sentent responsables de rien. Dans le sens où ils ne vont pas prendre soin du lieu de travail. Je suis partie l'autre soir, y avait des ventilateurs encore allumés dans des bureaux, alors qu'il n'y avait personne. Tout est comme ça, et ça paraît con, mais se sentir responsable de ça, pour moi c'est aussi se sentir responsable d'autre chose, autour. Pour moi ce qui compte c'est de comprendre ce qui va mal, ce qui est déconnant dans l'organisation, qui fait qu'on laisse les gens évoluer dans ces situations. Si c'est un manque de reconnaissance par exemple, comment peut-on la remettre en place ? Mais pour ça il faut être dans la réflexion, être accompagné, pour arriver à ce questionnement.
Le service public doit permettre la mise en œuvre de l'égalité. L'accès à tou-te-s. La solidarité ne peut pas être axée sur la rentabilité, elle doit servir l’intérêt général mais doit aussi accompagner l'évolution sociétale. On doit tout faire pour ne laisser personne au bord du chemin. Je me demande si le service public n'est pas en péril, c'est fini la belle époque où on dépensait sans compter, son organisation se calque sur les organisations du privé, je crains qu'il se déshumanise, on entend parler de dématérialisation ; le service public doit être créatif pour répondre au mieux et au plus juste aux usagers quels qu'ils soient.


[url=#sdfootnote1anc]1[/url]Centre national de la fonction publique territoriale, organisme qui assure entre autres des missions de formations.
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Minh



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MessageSujet: Re: [ARTICLE] Interview d'une travailleuse en CCAS 7 403   Mer 15 Juil 2015 - 17:43

Comment tu es entrée dans le service public ?
Dans ma famille, on ne parlait pas du service public. Je suis fille de commerçants, on vivait dans un village, et les fonctionnaires n'avaient pas bonne réputation : « ce sont des feignants ». Quand je suis entrée, j'ai dit « Oh, je ne serai jamais fonctionnaire toute ma vie ». J'ai eu cette opportunité assez tard. Des copines m'ont dit que l'on pouvait passer le concours de la fonction publique sur titre, j'étais jeune diplômée et j'ai tenté. J'ai été retenue et j'ai validé mon titre in extremis, il était valide deux ans, en étant embauchée au sein d'une collectivité territoriale. Ça fait 18 ans, maintenant. J'arrivais d'une association dans laquelle j'accompagnais les ménages dans le cadre de « mesures d'Accompagnement Social Lau Logement ». Je travaillais 45h/semaine voire plus car je faisais mes écrits à la maison… Je suis donc arrivée dans un service dans lequel on m'a mise tranquillement au courant de ma nouvelle mission, qui était d'accompagner les bénéficiaires du RMI. Passer d'un rythme d'enfer à un travail plus « plan-plan » m'a fait au début un peu peur. J'ai aussi constaté que certaines personnes avaient une conception du travail qui ne me correspondait pas. Elles étaient très à cheval sur les horaires, 37h35 par semaine et pas plus... Donc au début j'ai eu des craintes car ces personnes collaient aux représentations négatives que j'avais du service public. Mais après j'ai rencontré des personnes qui voulaient développer des projets et qui ont su nous embarquer (je parle des responsables et des élus), et j'avais des collègues avec qui je partageais des valeurs. Je me suis rendue compte qu'il y avait du possible et que l'on avait des marges de manœuvre assez importantes. Il y avait le souci des usagers et du service public. Par la suite, j'ai revendiqué de travailler dans le service public, mais j'avais toujours des difficultés avec le mot fonctionnaire, toujours l'histoire qui me rattrapait. Mais j'ai défendu le service public et je le défends encore.
Et comment tu as vécu ton évolution ?
Durant les premières années, j'ai eu des responsabilités sur le Logement, j'ai développé cette thématique au sein de ma collectivité, j'ai travaillé avec beaucoup de partenaires et j'étais reconnue par mes collègues. Les années passent, les dispositifs évoluent, les directions et les élus changent, ce qui implique que les orientations et les missions aussi changent. Depuis quelques années l'évolution s'est portée sur la mise en place de dispositifs d'aide financière qui ne nécessitaient pas d'intervention sociale et notre service s'est refermé sur lui-même. Aujourd'hui, il y a une nouvelle organisation qui se dessine, de nouveaux projets, donc de « nouveaux possibles ». Si j'ai un regret sur ces 18 années, c'est que je n'ai pas assez utilisé toutes mes opportunités de formations, notamment dans le cadre du CNFPT [1]. Quand je suis au travail, je suis au travail. Mais ça je le ferai pour les années à venir.
Tu me parles parfois d'un « fossé de génération » sur la conception de votre travail avec tes collègues, qu'est-ce que t'entends par là ?
Pour moi c'est lié à plusieurs points. L'âge bien sûr, la maturité, le moment de notre vie. Mes jeunes collègues sont jeunes mamans, elles font leur travail mais n'ont pas le temps de faire plus. L'expérience professionnelle, je pense que je n'interviens plus de la même façon aujourd'hui qu'il y a 20 ans, l'assurance dans certaines situations. Mes collègues travaillent bien, je n'en doute pas, mais c'est clair qu'on n'a pas la même façon d'intervenir auprès des gens. Peut-être que moi je suis plus tranchée, je demande beaucoup plus de respect aujourd'hui qu'avant. Avant j'acceptais beaucoup plus de choses de la part des usagers. J'ai une assurance de position peut-être dans mes accompagnements. Ça ne veut pas dire que je ne fais pas, mais ce n'est pas parce qu'on est travailleur social qu'on doit tout accepter. Les personnes en difficulté ne sont pas toutes « bonnes », c'est comme partout, y a des cons et des moins cons. Pour ce qui est des relations entre collègues, le problème est aussi sociétal : même si on a de l'analyse de pratique, on ne débat pas entre nous sur nos pratiques, nos visions du travail. Nos réunions doivent se dérouler sans un mot plus haut que l'autre, tout doit être bienveillant, le débat est synonyme de conflit, mais cela n'existe pas que chez nous (c'est pour cela que je dis que c'est sociétal). C'est ce qui est difficile aujourd'hui, c'est qu'il n'y a plus de débat, alors que pour moi il est constructeur de nouvelles idées. Moi j'ai envie d'argumenter, parce qu'argumenter ça nous fait créer.
Qu'est-ce que tu penses du service public aujourd'hui ?
Je pense qu'il a besoin de se re-questionner, de se réorganiser car c'est parfois un dinosaure : sur son fonctionnement, sur ses objectifs, sur les services rendus. Il doit se redonner du sens. Je trouve que parfois les personnes qui y travaillent abusent du système, pour moi le temps de présence doit correspondre au temps de travail, mais ce n'est pas le cas pour tout le monde, d'où l'image du fonctionnaire, et ne se sentent responsables de rien. Dans le sens où ils ne vont pas prendre soin du lieu de travail. Je suis partie l'autre soir, il y avait des ventilateurs encore allumés dans des bureaux, alors qu'il n'y avait personne. Tout est comme ça, et ça paraît con, mais se sentir responsable de ça, pour moi c'est aussi se sentir responsable d'autre chose, autour. Pour moi ce qui compte c'est de comprendre ce qui va mal, ce qui est déconnant dans l'organisation, qui fait qu'on laisse les gens évoluer dans ces situations. Si c'est un manque de reconnaissance par exemple, comment peut-on la remettre en place ? Mais pour ça il faut être dans la réflexion, être accompagné, pour arriver à ce questionnement.
Le service public doit permettre la mise en œuvre de l'égalité. L'accès à tou-te-s. La solidarité ne peut pas être axée sur la rentabilité, elle doit servir l’intérêt général mais doit aussi accompagner l'évolution sociétale. On doit tout faire pour ne laisser personne au bord du chemin. Je me demande si le service public n'est pas en péril, c'est fini la belle époque où on dépensait sans compter, son organisation se calque sur les organisations du privé, je crains qu'il se déshumanise, on entend parler de dématérialisation ; le service public doit être créatif pour répondre au mieux et au plus juste aux usagers quels qu'ils soient.
[1] Centre national de la fonction publique territoriale, organisme qui assure entre autres des missions de formations.




Pour le "c'était des feignants", à mon avis, si elle utilise l'imparfait, c'est que c'était vraiment des feignants à l'époque. Si on utilise "ce sont des feignants", on colle plutôt à une idée reçue éternelle. A vous de voir.
Comme je ne comprenais pas l'articulation "mesure d'accompagnement social logement", j'ai fait un google et suis tombé sur l'ASLL, à vérifier si elle fait référence à l'acronyme...
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radisnoir



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MessageSujet: Re-passage   Ven 17 Juil 2015 - 10:58

Salut,

Merci pour vos remarques!
La correction d'Anouk m'allait. Les tiennes Minh aussi (c'est mieux le "ce sont" et c'est bien ASLL).
J'avais juste changé un ou deux trucs que je remets là (en rouge).
Par contre je ne suis d'accord ni avec le fait de dire que les syndicats qui défendent les feignants est un poncif, du moins pas dans cette situation, ni avec le fait de dire que là elle parle d'intérêt général (pour moi ça n'existe pas).

Pour la féminisation, elle est apparue à certains endroits. Je l'avais pas faite parce qu'elle ne la fait pas à l'oral, mais peut-être c'est votre politique de la mettre quand même ? dans ce cas pour un entretien ça me parait mieux de mettre "tous et toutes" que "tou-te-s".

Je n'ai pas du tout d'idée de titre, enfin j'en ai plein mais tout me parait bateau.

Pour la présentation, elle ne veut ni la ville ni son vrai prénom. Mais on peut l'appeler Martine. C'est la même génération.
Je ne sais pas trop quoi y dire par ailleurs :

Entretien avec Martine, travailleuse sociale dans un CCAS (Centre Communal d'Action Sociale) d'une ville moyenne ? (c'est 120 000 habitant-e-s, je ne sais pas quel adjectif mettre). ?
quoi d'autre ?

Camille




Comment tu es entrée dans le service public ?
Dans ma famille, on ne parlait pas du service public. Je suis fille de commerçants, on vivait dans un village, et les fonctionnaires n'avaient pas bonne réputation : « ce sont des feignants ». Quand je suis entrée, j'ai dit « Oh, je ne serai jamais fonctionnaire toute ma vie ». J'ai eu cette opportunité assez tard. Des copines m'ont dit que l'on pouvait passer le concours de la fonction publique sur titre, j'étais jeune diplômée et j'ai tenté. J'ai été retenue et j'ai validé mon titre in extremis, il était valide deux ans, en étant embauchée au sein d'une collectivité territoriale. Ça fait 18 ans, maintenant. J'arrivais d'une association dans laquelle j'accompagnais les ménages dans le cadre de « mesures d'Accompagnement Social Lau Logement ». Je travaillais 45h/semaine voire plus car je faisais mes écrits à la maison… Je suis donc arrivée dans un service dans lequel on m'a mise tranquillement au courant de ma nouvelle mission, qui était d'accompagner les bénéficiaires du RMI. Passer d'un rythme d'enfer à un travail plus « plan-plan » m'a fait au début un peu peur. J'ai aussi constaté que certaines personnes avaient une conception du travail qui ne me correspondait pas. Elles étaient très à cheval sur les horaires, 37h35 par semaine et pas plus... Donc au début j'ai eu des craintes car ces personnes collaient aux représentations négatives que j'avais du service public. Mais après j'ai rencontré des personnes qui voulaient développer des projets et qui ont su nous embarquer - je parle des responsables et des élus - et j'avais des collègues avec qui je partageais des valeurs. Je me suis rendue compte qu'il y avait du possible et que l'on avait des marges de manœuvre assez importantes. Il y avait le souci des usagers et du service public. Par la suite, j'ai revendiqué de travailler dans le service public, mais j'avais toujours des difficultés avec le mot fonctionnaire, toujours l'histoire qui me rattrapait. Mais j'ai défendu le service public et je le défends encore.
Et comment tu as vécu ton évolution ?
Durant les premières années, j'ai eu des responsabilités sur le Logement, j'ai développé cette thématique au sein de ma collectivité, j'ai travaillé avec beaucoup de partenaires et j'étais reconnue par mes collègues. Les années passent, les dispositifs évoluent, les directions et les élus changent, ce qui implique que les orientations et les missions aussi changent. Depuis quelques années l'évolution s'est portée sur la mise en place de dispositifs d'aide financière qui ne nécessitaient pas d'intervention sociale et notre service s'est refermé sur lui-même. Aujourd'hui, il y a une nouvelle organisation qui se dessine, de nouveaux projets, donc de « nouveaux possibles ». Si j'ai un regret sur ces 18 années, c'est que je n'ai pas assez utilisé toutes mes opportunités de formations, notamment dans le cadre du CNFPT [1]. Quand je suis au travail, je suis au travail. Mais ça je le ferai pour les années à venir.
Tu me parles parfois d'un « fossé de génération » sur la conception de votre travail avec tes collègues, qu'est-ce que t'entends par là ?
Pour moi c'est lié à plusieurs points. L'âge bien sûr, la maturité, le moment de notre vie. Mes jeunes collègues sont jeunes mamans, elles font leur travail mais n'ont pas le temps de faire plus. L'expérience professionnelle, je pense que je n'interviens plus de la même façon aujourd'hui qu'il y a 20 ans, l'assurance dans certaines situations. Mes collègues travaillent bien, je n'en doute pas, mais c'est clair qu'on n'a pas la même façon d'intervenir auprès des gens. Peut-être que moi je suis plus tranchée, je demande beaucoup plus de respect aujourd'hui qu'avant. Avant j'acceptais beaucoup plus de choses de la part des usagers. J'ai une assurance de position peut-être dans mes accompagnements. Ça ne veut pas dire que je ne fais pas, mais ce n'est pas parce qu'on est travailleur social qu'on doit tout accepter. Les personnes en difficulté ne sont pas toutes « bonnes », c'est comme partout, y a des cons et des moins cons. Pour ce qui est des relations entre collègues, le problème est aussi sociétal : même si on a de l'analyse de pratique, on ne débat pas entre nous sur nos pratiques, nos visions du travail. Nos réunions doivent se dérouler sans un mot plus haut que l'autre, tout doit être bienveillant, le débat est synonyme de conflit, mais cela n'existe pas que chez nous (c'est pour cela que je dis que c'est sociétal). C'est ce qui est difficile aujourd'hui, c'est qu'il n'y a plus de débat, alors que pour moi il est constructeur de nouvelles idées. Moi j'ai envie d'argumenter, parce qu'argumenter ça nous fait créer.
Qu'est-ce que tu penses du service public aujourd'hui ?
Je pense qu'il a besoin de se re-questionner, de se réorganiser car c'est parfois un dinosaure : sur son fonctionnement, sur ses objectifs, sur les services rendus. Il doit se redonner du sens. Je trouve que parfois les personnes qui y travaillent abusent du système, pour moi le temps de présence doit correspondre au temps de travail, mais ce n'est pas le cas pour tout le monde, d'où l'image du fonctionnaire, et ne se sentent responsables de rien. Dans le sens où ils ne vont pas prendre soin du lieu de travail. Je suis partie l'autre soir, il y avait des ventilateurs encore allumés dans des bureaux, alors qu'il n'y avait personne. Tout est comme ça, et ça paraît con, mais se sentir responsable de ça, pour moi c'est aussi se sentir responsable d'autre chose, autour. Pour remédier à ça, moi ce qui compte c'est de comprendre ce qui va mal, ce qui est déconnant dans l'organisation, qui fait qu'on laisse les gens évoluer dans ces situations. Si c'est un manque de reconnaissance par exemple, comment peut-on la remettre en place ? Mais pour ça il faut être dans la réflexion, être accompagné, pour pouvoir arriver à ce questionnement.
Le service public doit permettre la mise en œuvre de l'égalité. L'accès à tou-te-s. La solidarité ne peut pas être axée sur la rentabilité, elle doit servir l’intérêt général mais doit aussi accompagner l'évolution sociétale. On doit tout faire pour ne laisser personne au bord du chemin. Je me demande si le service public n'est pas en péril, c'est fini la belle époque où on dépensait sans compter, son organisation se calque sur les organisations du privé, je crains qu'il se déshumanise, on entend parler de dématérialisation. Pour moi le service public doit être créatif pour répondre au mieux et au plus juste aux usagers quels qu'ils soient.
[1] Centre national de la fonction publique territoriale, organisme qui assure entre autres des missions de formations.
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Minh



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MessageSujet: Re: [ARTICLE] Interview d'une travailleuse en CCAS 7 403   Ven 17 Juil 2015 - 11:11

Plus précisément, je dirais que si on laisse le passage, ça renforce un poncif (j'ai d'ailleurs vu un cas énorme à Paris 8) sur le corporatisme. Loin de moi de dire que c'est le travail principal syndical. Et de laisser le passage peut desservir le propos [par redondance sur le fonctionnaire bon à rien couvert par le syndicat bon à rien] (sans être pour autant une manipulation). [Le syndicat qui couvre des gens, ça mérite tout un texte et une enquête dessus].
Pour l'intérêt général, je n'ai pas fait de réflexion approfondie sur la question, je note que c'est dans le texte "La solidarité ne peut pas être axée sur la rentabilité, elle doit servir l’intérêt général mais doit aussi accompagner l'évolution sociétale." et que ça sert à réfléchir dessus, pour éventuellement découvrir par la suite que cela n'existe pas.

À mon avis, on peut laisser l'absence de féminisation [version hard], pour laisser le côté vivant de la parole orale. [Toutes et tous alors, c'est bien].
Pour le titre, je propose "Martine au CCAS". Non, je vais réfléchir...


Dernière édition par Minh le Ven 17 Juil 2015 - 11:30, édité 1 fois
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Minh



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MessageSujet: Re: [ARTICLE] Interview d'une travailleuse en CCAS 7 403   Ven 17 Juil 2015 - 11:24

Enfin, je relis sur les syndicats, on ne sait en fait pas si les syndicats ont connaissance des manipulations des salariées qu'ils défendent. Je ne sais pas où est le reproche, si les travailleurs qui mentent profitent des syndicats dans d'autres circonstances ou bien si les syndicats sont trompés par les travailleurs qui mentent par ailleurs dans d'autres circonstances. À moins que les syndicats défendent la version du travailleur incriminé. Dans le doute, oui, il faudrait demander d'approfondir ces histoires.
Là, je comprends juste que parce qu'ils sont imparfaits ou menteurs, les travailleurs n'auraient pas exactement le droit d'être défendus par les syndicats.
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radisnoir



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MessageSujet: Re: [ARTICLE] Interview d'une travailleuse en CCAS 7 403   Ven 17 Juil 2015 - 12:35

Oui, mais de toute façon je suis d'accord sur le fait de supprimer le passage sur les syndicats hein, je croyais que c'était clair.
Ok pour l'intérêt général.
Pour la féminisation, c'est à vous de décider en fonction de vos règles rédactionnelles;


Camille
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Minh



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MessageSujet: Re: [ARTICLE] Interview d'une travailleuse en CCAS 7 403   Ven 17 Juil 2015 - 15:25

Tu nous ferais un prochain spécialement sur cette question des syndicats ? :D
Pour la féminisation, je laisse Anouk donner son avis, j'ai pas une énorme pratique surtout pour des interviews.
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Radinouk

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MessageSujet: Re: [ARTICLE] Interview d'une travailleuse en CCAS 7 403   Ven 17 Juil 2015 - 16:50

Pour le titre, il me semble qu'il faut retenir ce sur quoi on veut insister, au vu de l'ordre du pavé 

"Travailler à l'intérêt général ?"

ou 

"Les fonctionnaires, des feignants ?" C'est quand même ça la question qui sous tend le texte, puisqu'elle part du décalage d'avec sa famille pour finir par le fait que ça manque de questionnements notamment parce que les gens font juste leurs heures. 

Ou un jeu de mot avec fonctionnaire - Fonction - Air D'après son étymologie, c'est celui qui hérite d'une fonction. 

Pour la féminisation, si elle le fait pas, il faut pas le faire.
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MessageSujet: Re: [ARTICLE] Interview d'une travailleuse en CCAS 7 403   Sam 18 Juil 2015 - 16:05

"Les fonctionnaires, des feignants ?" me semble aussi plus approprié.
J'ai rit devant ton jeu de mot Anouk, mais pas sur que ça soit très explicite seul.

Je ne suis pas pour la féminisation non plus.
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Minh



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MessageSujet: Re: [ARTICLE] Interview d'une travailleuse en CCAS 7 403   Sam 18 Juil 2015 - 20:49

"Travail d'intérêt général"

(en version sérieuse)
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radisnoir



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MessageSujet: Re: [ARTICLE] Interview d'une travailleuse en CCAS 7 403   Mar 4 Aoû 2015 - 14:59

Salut,

Moi je preférais l'interrogation "Travailler à l'intérêt général ?", ça garde le questionnement;
Mais peut-être c'est déjà plié par ailleurs ?

Bises


Camille
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sabrina radis

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MessageSujet: Re: [ARTICLE] Interview d'une travailleuse en CCAS 7 403   Jeu 13 Aoû 2015 - 14:54

radisnoir a écrit:
Salut,

Merci pour vos remarques!
La correction d'Anouk m'allait. Les tiennes Minh aussi (c'est mieux le "ce sont" et c'est bien ASLL).
J'avais juste changé un ou deux trucs que je remets là (en rouge).
Par contre je ne suis d'accord ni avec le fait de dire que les syndicats qui défendent les feignants est un poncif, du moins pas dans cette situation, ni avec le fait de dire que là elle parle d'intérêt général (pour moi ça n'existe pas).

Pour la féminisation, elle est apparue à certains endroits. Je l'avais pas faite parce qu'elle ne la fait pas à l'oral, mais peut-être c'est votre politique de la mettre quand même ? dans ce cas pour un entretien ça me parait mieux de mettre "tous et toutes" que "tou-te-s".

Je n'ai pas du tout d'idée de titre, enfin j'en ai plein mais tout me parait bateau.

Pour la présentation, elle ne veut ni la ville ni son vrai prénom. Mais on peut l'appeler Martine. C'est la même génération.
Je ne sais pas trop quoi y dire par ailleurs :

Entretien avec Martine, travailleuse sociale dans un CCAS (Centre Communal d'Action Sociale) d'une ville moyenne ? (c'est 120 000 habitant-e-s, je ne sais pas quel adjectif mettre). ?
quoi d'autre ?

Camille




Comment tu es entrée dans le service public ?
Dans ma famille, on ne parlait pas du service public. Je suis fille de commerçants, on vivait dans un village, et les fonctionnaires n'avaient pas bonne réputation : « ce sont des feignants ». Quand je suis entrée, j'ai dit « Oh, je ne serai jamais fonctionnaire toute ma vie ». J'ai eu cette opportunité assez tard. Des copines m'ont dit que l'on pouvait passer le concours de la fonction publique sur titre, j'étais jeune diplômée et j'ai tenté. J'ai été retenue et j'ai validé mon titre in extremis, il était valide deux ans, en étant embauchée au sein d'une collectivité territoriale. Ça fait 18 ans, maintenant. J'arrivais d'une association dans laquelle j'accompagnais les ménages dans le cadre de « mesures d'Accompagnement Social Lau Logement ». Je travaillais 45h/semaine voire plus car je faisais mes écrits à la maison… Je suis donc arrivée dans un service dans lequel on m'a mise tranquillement au courant de ma nouvelle mission, qui était d'accompagner les bénéficiaires du RMI. Passer d'un rythme d'enfer à un travail plus « plan-plan » m'a fait au début un peu peur. J'ai aussi constaté que certaines personnes avaient une conception du travail qui ne me correspondait pas. Elles étaient très à cheval sur les horaires, 37h35 par semaine et pas plus... Donc au début j'ai eu des craintes car ces personnes collaient aux représentations négatives que j'avais du service public. Mais après j'ai rencontré des personnes qui voulaient développer des projets et qui ont su nous embarquer - je parle des responsables et des élus - et j'avais des collègues avec qui je partageais des valeurs. Je me suis rendue compte qu'il y avait du possible et que l'on avait des marges de manœuvre assez importantes. Il y avait le souci des usagers et du service public. Par la suite, j'ai revendiqué de travailler dans le service public, mais j'avais toujours des difficultés avec le mot fonctionnaire, toujours l'histoire qui me rattrapait. Mais j'ai défendu le service public et je le défends encore.
Et comment tu as vécu ton évolution ?
Durant les premières années, j'ai eu des responsabilités sur le Logement, j'ai développé cette thématique au sein de ma collectivité, j'ai travaillé avec beaucoup de partenaires et j'étais reconnue par mes collègues. Les années passent, les dispositifs évoluent, les directions et les élus changent, ce qui implique que les orientations et les missions aussi changent. Depuis quelques années l'évolution s'est portée sur la mise en place de dispositifs d'aides financières qui ne nécessitaient pas d'intervention sociale et notre service s'est refermé sur lui-même. Aujourd'hui, il y a une nouvelle organisation qui se dessine, de nouveaux projets, donc de « nouveaux possibles ». Si j'ai un regret sur ces 18 années, c'est que je n'ai pas assez utilisé toutes mes opportunités de formations, notamment dans le cadre du CNFPT [1]. Quand je suis au travail, je suis au travail. Mais ça je le ferai pour les années à venir.
Tu me parles parfois d'un « fossé de génération » sur la conception de votre travail avec tes collègues, qu'est-ce que t'entends par là ?
Pour moi c'est lié à plusieurs points. L'âge bien sûr, la maturité, le moment de notre vie. Mes jeunes collègues sont jeunes mamans, elles font leur travail mais n'ont pas le temps de faire plus. L'expérience professionnelle, je pense que je n'interviens plus de la même façon aujourd'hui qu'il y a 20 ans, l'assurance dans certaines situations. Mes collègues travaillent bien, je n'en doute pas, mais c'est clair qu'on n'a pas la même façon d'intervenir auprès des gens. Peut-être que moi je suis plus tranchée, aujourd'hui je demande beaucoup plus de respect aujourd'hui qu'avant. Avant j'acceptais beaucoup plus de choses de la part des usagers. J'ai une assurance de position peut-être dans mes accompagnements. Ça ne veut pas dire que je ne fais pas, mais ce n'est pas parce qu'on est travailleur social qu'on doit tout accepter. Les personnes en difficulté ne sont pas toutes « bonnes », c'est comme partout, y a des cons et des moins cons. Pour ce qui est des relations entre collègues, le problème est aussi sociétal : même si on a de l'analyse de pratique, on ne débat pas entre nous sur nos pratiques, nos visions du travail. Nos réunions doivent se dérouler sans un mot plus haut que l'autre, tout doit être bienveillant, le débat est synonyme de conflit, mais cela n'existe pas que chez nous (c'est pour cela que je dis que c'est sociétal). C'est ce qui est difficile aujourd'hui, c'est qu'il n'y a plus de débat, alors que pour moi il est constructeur de nouvelles idées. Moi j'ai envie d'argumenter, parce qu'argumenter ça nous fait créer.
Qu'est-ce que tu penses du service public aujourd'hui ?
Je pense qu'il a besoin de se requestionner, de se réorganiser car c'est parfois un dinosaure : sur son fonctionnement, sur ses objectifs, sur les services rendus. Il doit se redonner du sens. Je trouve que parfois les personnes qui y travaillent abusent du système, pour moi le temps de présence doit correspondre au temps de travail, mais ce n'est pas le cas pour tout le monde, d'où l'image du fonctionnaire. Ils[size=16] ne se sentent responsables de rien, dans le sens où ils ne vont pas prendre soin du lieu de travail. Je suis partie l'autre soir, il y avait des ventilateurs encore allumés dans des bureaux, alors qu'il n'y avait personne. Tout est comme ça, et ça paraît con, mais se sentir responsable de ça, pour moi c'est aussi se sentir responsable d'autre chose, autour. Pour remédier à ça, moi ce qui compte c'est de comprendre ce qui va mal, ce qui est déconnant dans l'organisation, qui fait qu'on laisse les gens évoluer dans ces situations. Si c'est un manque de reconnaissance par exemple, comment peut-on la remettre en place ? Mais pour ça il faut être dans la réflexion, être accompagné, pour pouvoir arriver à ce questionnement.[/size]
Le service public doit permettre la mise en œuvre de l'égalité. L'accès à tou-te-s. La solidarité ne peut pas être axée sur la rentabilité, elle doit servir l’intérêt général mais doit aussi accompagner l'évolution sociétale. On doit tout faire pour ne laisser personne au bord du chemin. Je me demande si le service public n'est pas en péril, c'est fini la belle époque où on dépensait sans compter, son organisation se calque sur les organisations du privé, je crains qu'il se déshumanise, on entend parler de dématérialisation. Pour moi le service public doit être créatif pour répondre au mieux et au plus juste aux usagers quels qu'ils soient.
[1] Centre national de la fonction publique territoriale, organisme qui assure entre autres des missions de formations.
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