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 [ARTICLE] CRS, Compagnie Républicaine de Sécurité 8 730

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Minh



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MessageSujet: [ARTICLE] CRS, Compagnie Républicaine de Sécurité 8 730   Mer 8 Juil 2015 - 8:35


CRS, Compagnie Républicaine de Sécurité


Il est 22h30, je suis assis dans une salle de détente au Timhotel Gare du Nord, transformée sous l'oeil bienveillant de la personne à l'accueil, en salle de soin par l'équipe des sapeurs-pompiers.
Un homme se tient assis, de profil devant moi dans un fauteuil, il va très mal, dit qu'il tremble et qu'il va défaillir, demande s'il peut manger du sucre, car il sent les fourmis monter dans ses mains. Tenant une compresse contre son oeil gauche, l'homme m'explique en aparté : d'abord la manière qu'a eue un CRS de lui porter un coup violent dans l'oeil avec le bout de sa matraque ; ensuite, passé de l'autre côté du cordon de la police grâce aux pompiers, comme il a pu surprendre le chef des CRS commencer à accorder sa version factice avec celles de ses collègues (« celui-là, il est tombé, hein »).
Nous sommes le jeudi 12 juin 2015 et plusieurs centaines de manifestant.es se sont introduit.es dans la caserne abandonnée de Château-Landon, lieu de 5000m2 tout désigné pour une occupation sanitaire et politique par le mouvement de mobilisation des évacué.es de la Chapelle et d'ailleurs, campement évacué et détruit le 2 juin en dessous du métro aérien parisien.

Je me retrouve dans un premier temps sur un banc public avec un premier blessé, le sang ayant coulé abondamment du nez sur son visage et son pantalon crème. Très proches de policiers en civils, les pompiers décident de nous transférer plus loin. Chacun.e est d'abord inquiète de savoir où ille sera emmené.e et s'il y a collusion avec la police ou fichage, sait-on jamais. Les pompiers nous rassurent, nous ne nous mêlons pas des affaires de la police, nous sommes neutres et ne prenons pas parti. Je tends ce qui me reste d'eau à l'homme qui se rince le visage avec un mouchoir. Dans un second temps, les pompiers nous amènent au rez-de-chaussée de l'hôtel et nous remplissons nos fiches d'identifications protocolaires, pour une prise en charge médicalisée aux urgences hospitalières dans différents coins de la capitale. Je ne comprends pas immédiatement la question informelle du pompier qui me demande si je suis « militant ». Il veut juste savoir si je suis « manifestant » ou bien « policier en civil ». Car il y a aussi des policiers blessés et il serait malvenu qu'ils partagent la même chambre d'hôpital avec celle.ux qu'ils auront violenté.es, cela s'est déjà vu et cela s'est mal passé, nous annonce-t-il dépité. L'homme avec des boursouflures à la place de son oeil gauche, au bord de l'évanouissement, en profite pour glisser une plaisanterie bien sombre sur son état qui ne lui permettrait aucunement d'être effrayant ou violent. Une femme qui boîte entre et raconte qu'elle a été matraquée aux jambes alors qu'elle se tenait de l'autre côté des barreaux des fenêtres à l'intérieur de la caserne. Chacun.e remplit sa petite fiche d'identification que les pompiers nous accroche autour du cou comme des médailles, en attendant le diagnostic d'un médecin, pour nous envoyer aux urgences, si le besoin s'en faisait sentir.

À 18h30, la moitié des manifestants étaient déjà dans la caserne, une partie de celle.ux resté.es dehors comme moi approvisionnaient en eau, nourriture, et matériel de ménage (pour s'installer et tenir face au siège des policiers), par les fenêtres de la rue Philippe de Girard, seule rue laissée libre par les innombrables policiers, armés de « lanceurs de balle de défense », tonfas, bombes lacrymogènes, et aussi, de pistolets. Un policier en civil entouré à un moment par une horde de manifestant.es l'invectivant, triturait le sien nerveusement, alors qu'il venait d'arracher du mur avec l'aide d'une collègue (toute aussi mal habillée), de façon complètement inconsciente et dangereuse, et vraiment perverse, l'échelle droite posée contre le mur dont se servait une seconde plus tôt quelques manifestant.es pour pénétrer dans l'enceinte du bâtiment, pour fournir une éventuelle aide à l'intérieur.
Un homme mécontent, qui présente plutôt bien, vient maintenant récupérer son échelle auprès des deux policiers en question, qui le laissent faire, comme pour reconnaître l'absurdité et la déviance de leur comportement. Je comprends alors toute l'imbécillité stratégique des policiers : il fallait charger pour empêcher les gens de rejoindre les autres à l'intérieur du squat.

À l'horizon, pendant un moment d'éternité, au-dessus des voies ferrées, un homme s'était tenu sur la structure du pont à une cinquantaine de mètres de haut en menaçant de se suicider si jamais les CRS pénétraient dans le squat pour l'évacuer on sait comment.
C'est pourquoi les pompiers étaient déjà sur place. Ils étaient d'ailleurs surpris statutairement d'avoir à traiter un afflux subite de quelques 6 blessé.es chez les manifestant.es...

Des gens.tes qui voudraient dormir sous un toit vraisemblablement, bloqué.es par le cordon de police, escaladent maintenant la façade pour passer par la fenêtre du premier étage. Très vite, un homme tombe sur une autre personne plus bas qui lui sert de matelas, provoquant un cri de frayeur parmi la foule.
C'est à ce moment précis qu'il est décidé avec d'autres de ralentir la charge donnée par les CRS. Cela prend la forme d'une chaîne largement optimiste, bras dessus bras dessous, dans une pose solidaire. Gaz et coups de pied sont lâchés de bonne guerre certes par les fonctionnaires de police, mais de façon abrupte, le coup de matraque descendant sur la boîte crânienne qui fait vibrer la nuque est surprenant. J'admire toutefois le savoir-faire sur la furtivité du mouvement. Un « camarade » m'extirpe de la chaîne, j'échappe à la suite. Je trouve de la glace auprès du restaurant indien dont le patron est d'une extrême bienveillance.
Pour ne pas dormir dans la rue et faire respecter le droit, des personnes décident un jour d'occuper un immeuble vide de 5000m2, mais les autorités (« L'état est en dernière instance une bande d'hommes en armes ») ne sont pas d'accord.

À 21h30 les policiers chargent la première fois pour disperser la foule. Vers 23h30, les autorités (la mairie en lien avec la préfecture) viennent négocier « pacifiquement » avec les manifestants de l'intérieur de la caserne. De 50 places d'hébergements prévues dans l'après-midi, c'est maintenant 110 places d'hébergements « sur une durée indéterminée » qui sont offertes pour la paix sociale, conditionnées par l'évacuation immédiate de la caserne. Pendant les négociations, le traducteur arabophone du Parti Communiste Français floue les migrant.es en jouant sur les ambiguïtés « logements » /  « hébergements » et « durée indéterminée » / « pérennité », une élue PCF sautille comme un cabri pour transmettre son approbation par-delà les barrières de la langue.

Dehors, une quarantaine de personnes du campement initial au Jardin du Bois Dormoy seront écartées malencontreusement de cette nouvelle offre. Avec l'aide des soutiens, illes ne trouveront refuge qu'à proximité au Jardin d'Éole dans la nuit, avec bâches et matelas sous la pluie, où un nouveau campement, avec sans cesse de nouvelles arrivées quotidiennes de migrant.es de province et de l'étranger, sera monté au moins pour dormir quelque part et au plus pour continuer à organiser politiquement la lutte et entrer dans des rapports de force avec les autorités, pour ne pas dire pire.

Aujourd'hui, début juillet, le campement, après évacuation partielle le 19 juin, s'est déplacé de nouveau à la Halle Pajol (que les puristes nomment Pajol#2), faute de mieux, faute d'un lieu collectif adapté pour se reposer et penser, faire ses démarches administratives sereinement avec un guichet unique, s'organiser pour la lutte, augmenter ses chances individuelles de régularisation et de logement par une stratégie collective, en se basant sur le postulat que les autorités n'offriront rien sans qu'on le leur arrache.
En partant du plus prosaïque : savoir lutter pour obtenir des toilettes pour plus d'une centaine de personnes ; satisfaire des besoins sanitaires, culturels, hygiéniques, sociaux élémentaires ; se rencontrer et se parler pour échanger un savoir pratique et administratif ; traiter la violence de la rue et la détresse ; assurer une information et des formations afin que chaque nouvelle personne arrivant sur le campement puisse connaître le contexte politique et pratique dans lequel peuvent évoluer les luttes ; organiser les permanences juridiques et effectuer les démarches administratives  ; ...

Facebook : « Réfugiés de La Chapelle en Lutte » / « Comité de Soutien des Migrants de la Chapelle » ...



Dernière édition par Minh le Sam 25 Juil 2015 - 23:25, édité 7 fois
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Minh



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MessageSujet: Re: [ARTICLE] CRS, Compagnie Républicaine de Sécurité 8 730   Mer 8 Juil 2015 - 8:41

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Minh



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MessageSujet: Re: [ARTICLE] CRS, Compagnie Républicaine de Sécurité 8 730   Jeu 9 Juil 2015 - 13:57

Je ferai un addendum très vite et très court sur deux-trois points :
- le rôle des élu.es parisiens.nes des partis politiques dans deux évacuations du campement (jardin d'éole et halle pajol#2 ce matin) et leur collusion avec la police ;
- l'anecdote d'un "réfugié" arrêté et emmené au commissariat du coin, où il retrouve derrière un des bureaux de police, un "soutien" du campement. N'ayant pas compris de quoi il retournait, le "réfugié" va lui dire bonjour et lui demande des nouvelles. Le "soutien" (taupe/policier infiltré dans les soutiens au campement), gêné, dit alors à son collègue de relâcher le "réfugié" ;
- beaucoup de "réfugié.es" de la Chapelle sont en lien (téléphonique) direct avec des gens qui passent par Vintimille, il y a un véritable réseau de solidarité entre les gens ici et là-bas, qui ne savent pas forcément où venir et à qui s'adresser. À l'occasion de l'évacuation de ce matin, ils ont dit à leurs camarades passé.es par Vintimille très récemment : "Attendez, on vous tient au courant... pour savoir si vous pouvez venir nous retrouver et où".
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Radinouk

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MessageSujet: Re: [ARTICLE] CRS, Compagnie Républicaine de Sécurité 8 730   Dim 12 Juil 2015 - 8:59

Je trouve ce texte très intéressant parce qu'il est décrit le nœud des services publics entre les militant-e-s qui créent du service public, les pompiers qui sont là pour aider, mais en face le camps de l'instrumentalisatino : police et aussi partis même si sous forme différente.
Pour moi cet article peut être soit au début, soit en milieu de pavé pour faire le lien entre une partie qui crache sur l’État et une partie qui dit « Vive service public ».
Je pense qu'il faut conserver l'addendum car il apporte de l'analyse.

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Minh



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MessageSujet: Re: [ARTICLE] CRS, Compagnie Républicaine de Sécurité 8 730   Lun 13 Juil 2015 - 12:28

Ok je fais l'addendum.
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Minh



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MessageSujet: Re: [ARTICLE] CRS, Compagnie Républicaine de Sécurité 8 730   Dim 19 Juil 2015 - 18:32

Je fais l'addendum pour mercredi 22. Du 21 au 27 je suis en province, mais je travaille sur le journal à distance.
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Minh



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MessageSujet: Re: [ARTICLE] CRS, Compagnie Républicaine de Sécurité 8 730   Jeu 30 Juil 2015 - 11:09

Je suis en train de faire l'addendum.
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Minh



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MessageSujet: Re: [ARTICLE] CRS, Compagnie Républicaine de Sécurité 8 730   Jeu 30 Juil 2015 - 14:09

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sabrina radis

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MessageSujet: Re: [ARTICLE] CRS, Compagnie Républicaine de Sécurité 8 730   Jeu 13 Aoû 2015 - 16:25

Minh a écrit:

CRS, Compagnie Républicaine de Sécurité


Il est 22h30, je suis assis dans une salle de détente au Timhotel Gare du Nord, transformée sous l’œil bienveillant de la personne à l'accueil, en salle de soin par l'équipe des sapeurs-pompiers.
Un homme se tient assis, de profil devant moi dans un fauteuil, il va très mal, dit qu'il tremble et qu'il va défaillir, demande s'il peut manger du sucre, car il sent les fourmis monter dans ses mains. Tenant une compresse contre son œil gauche, l'homme m'explique en aparté : d'abord la manière qu'a eue un CRS de lui porter un coup violent dans l’œil avec le bout de sa matraque ; ensuite, passé de l'autre côté du cordon de la police grâce aux pompiers, comment il a pu surprendre le chef des CRS commencer à accorder sa version factice avec celles de ses collègues (« celui-là, il est tombé, hein »).
Nous sommes le jeudi 12 juin 2015 et plusieurs centaines de manifestant.es se sont introduit.es dans la caserne abandonnée de Château-Landon, lieu de 5000 m² tout désigné pour une occupation sanitaire et politique par le mouvement de mobilisation des évacué.es de la Chapelle et d'ailleurs, campement évacué et détruit le 2 juin en dessous du métro aérien parisien.

Je me retrouve dans un premier temps sur un banc public avec un premier blessé, le sang ayant coulé abondamment du nez sur son visage et son pantalon crème. Très proches de policiers en civils, les pompiers décident de nous transférer plus loin. Chacun.e est d'abord inquiet.e de savoir où ille sera emmené.e et s'il y a collusion avec la police ou fichage, sait-on jamais. Les pompiers nous rassurent, nous ne nous mêlons pas des affaires de la police, nous sommes neutres et ne prenons pas parti. Je tends ce qui me reste d'eau à l'homme qui se rince le visage avec un mouchoir. Dans un second temps, les pompiers nous amènent au rez-de-chaussée de l'hôtel et nous remplissons nos fiches d'identifications protocolaires, pour une prise en charge médicalisée aux urgences hospitalières dans différents coins de la capitale. Je ne comprends pas immédiatement la question informelle du pompier qui me demande si je suis « militant ». Il veut juste savoir si je suis « manifestant » ou bien « policier en civil ». Car il y a aussi des policiers blessés et il serait malvenu qu'ils partagent la même chambre d'hôpital avec celle.ux qu'ils auront violenté.es, cela s'est déjà vu et cela s'est mal passé, nous annonce-t-il dépité. L'homme avec des boursouflures à la place de son œil gauche, au bord de l'évanouissement, en profite pour glisser une plaisanterie bien sombre sur son état qui ne lui permettrait aucunement d'être effrayant ou violent. Une femme qui boîte entre et raconte qu'elle a été matraquée aux jambes alors qu'elle se tenait de l'autre côté des barreaux des fenêtres à l'intérieur de la caserne. Chacun.e remplit sa petite fiche d'identification que les pompiers nous accroche autour du cou comme des médailles, en attendant le diagnostic d'un médecin, pour nous envoyer aux urgences, si le besoin s'en faisait sentir.

À 18h30, la moitié des manifestants étaient déjà dans la caserne, une partie de celle.ux resté.es dehors comme moi approvisionnaient en eau, nourriture, et matériel de ménage (pour s'installer et tenir face au siège des policiers), par les fenêtres de la rue Philippe de Girard, seule rue laissée libre par les innombrables policiers, armés de « lanceurs de balles de défense », tonfas, bombes lacrymogènes, et aussi, de pistolets. Un policier en civil entouré à un moment par une horde de manifestant.es l'invectivant, triturait le sien nerveusement, alors qu'il venait d'arracher du mur avec l'aide d'une collègue (toute aussi mal habillée), de façon complètement inconsciente et dangereuse, et vraiment perverse, l'échelle droite posée contre le mur dont se servaient une seconde plus tôt quelques manifestant.es pour pénétrer dans l'enceinte du bâtiment, pour fournir une éventuelle aide à l'intérieur.
Un homme mécontent, qui présente plutôt bien, vient maintenant récupérer son échelle auprès des deux policiers en question, qui le laissent faire, comme pour reconnaître l'absurdité et la déviance de leur comportement. Je comprends alors toute l'imbécillité stratégique des policiers : il fallait charger pour empêcher les gens de rejoindre les autres à l'intérieur du squat.

À l'horizon, pendant un moment d'éternité, au-dessus des voies ferrées, un homme s'était tenu sur la structure du pont à une cinquantaine de mètres de haut en menaçant de se suicider si jamais les CRS pénétraient dans le squat pour l'évacuer on ne sait comment.
C'est pourquoi les pompiers étaient déjà sur place. Ils étaient d'ailleurs surpris statutairement d'avoir à traiter un afflux subite de quelques 6 blessé.es chez les manifestant.es...

Des gens.tes qui voudraient dormir sous un toit vraisemblablement, bloqué.es par le cordon de police, escaladent maintenant la façade pour passer par la fenêtre du premier étage. Très vite, un homme tombe sur une autre personne plus bas qui lui sert de matelas, provoquant un cri de frayeur parmi la foule.
C'est à ce moment précis qu'il est décidé avec d'autres de ralentir la charge donnée par les CRS. Cela prend la forme d'une chaîne largement optimiste, bras dessus bras dessous, dans une pose solidaire. Gaz et coups de pied sont lâchés de bonne guerre certes par les fonctionnaires de police, mais de façon abrupte, le coup de matraque descendant sur la boîte crânienne qui fait vibrer la nuque est surprenant. J'admire toutefois le savoir-faire sur la furtivité du mouvement. Un « camarade » m'extirpe de la chaîne, j'échappe à la suite. Je trouve de la glace auprès du restaurant indien dont le patron est d'une extrême bienveillance.
Pour ne pas dormir dans la rue et faire respecter le droit, des personnes décident un jour d'occuper un immeuble vide de 5000 m², mais les autorités (« L'état est en dernière instance une bande d'hommes en armes ») ne sont pas d'accord.

À 21h30 les policiers chargent la première fois pour disperser la foule. Vers 23h30, les autorités (la mairie en lien avec la préfecture) viennent négocier « pacifiquement » avec les manifestants de l'intérieur de la caserne. De 50 places d'hébergements prévues dans l'après-midi, c'est maintenant 110 places d'hébergements « sur une durée indéterminée » qui sont offertes pour la paix sociale, conditionnées par l'évacuation immédiate de la caserne. Pendant les négociations, le traducteur arabophone du Parti Communiste Français floue les migrant.es en jouant sur les ambiguïtés « logements » /  « hébergements » et « durée indéterminée » / « pérennité », une élue PCF sautille comme un cabri pour transmettre son approbation par-delà les barrières de la langue.

Dehors, une quarantaine de personnes du campement initial au Jardin du Bois Dormoy seront écartées malencontreusement de cette nouvelle offre. Avec l'aide des soutiens, illes ne trouveront refuge qu'à proximité, au Jardin d'Éole dans la nuit, avec bâches et matelas sous la pluie, où un nouveau campement, avec sans cesse de nouvelles arrivées quotidiennes de migrant.es de province et de l'étranger, sera monté, au moins pour dormir quelque part et au plus pour continuer à organiser politiquement la lutte, et entrer dans des rapports de force avec les autorités, pour ne pas dire pire. (1ere proposition de correction : avec les virgules. Seconde proposition de correction : passer d'une phrase à plusieurs. Je n'arrive pas à te couper la phrase par peur de transformer le sens.)

Aujourd'hui, début juillet, le campement, après évacuation partielle le 19 juin, s'est déplacé de nouveau à la Halle Pajol (que les puristes nomment Pajol#2), faute de mieux, faute d'un lieu collectif adapté pour se reposer et penser, faire ses démarches administratives sereinement avec un guichet unique, s'organiser pour la lutte, augmenter ses chances individuelles de régularisation et de logement par une stratégie collective, en se basant sur le postulat que les autorités n'offriront rien sans qu'on le leur arrache.
En partant du plus prosaïque : savoir lutter pour obtenir des toilettes pour plus d'une centaine de personnes ; satisfaire des besoins sanitaires, culturels, hygiéniques, sociaux élémentaires ; se rencontrer et se parler pour échanger un savoir pratique et administratif ; traiter la violence de la rue et la détresse ; assurer une information et des formations afin que chaque nouvelle personne arrivant sur le campement puisse connaître le contexte politique et pratique dans lequel peuvent évoluer les luttes ; organiser les permanences juridiques et effectuer les démarches administratives  ; ...

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Minh



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MessageSujet: Re: [ARTICLE] CRS, Compagnie Républicaine de Sécurité 8 730   Mer 19 Aoû 2015 - 15:18

Merci pour les corrections.

Juste pour "on sait comment", je ne me suis pas trompé, je veux vraiment dire qu'on sait comment les CRS font pour expulser des gens d'un lieu.

Mon texte à votre relecture, avec des ajouts de paragraphes vers la fin, des rectificatifs dans les liens internet et l'approbation des corrections de Sabrina. Je maintiens mon titre, car mon idée est de partir de la figure concrète du CRS, pour élargir ensuite la perspective, ce que je retrouve bien dans l'acronyme, compagnie, république, sécurité :

CRS, Compagnie Républicaine de Sécurité
par Radis noir


Il est 22h30, je suis assis dans une salle de détente au Timhotel Gare du Nord, transformée sous l’œil bienveillant de la personne à l'accueil, en salle de soin par l'équipe des sapeurs-pompiers.
Un homme se tient assis, de profil devant moi dans un fauteuil, il va très mal, dit qu'il tremble et qu'il va défaillir, demande s'il peut manger du sucre, car il sent les fourmis monter dans ses mains. Tenant une compresse contre son œil gauche, l'homme m'explique en aparté : d'abord la manière qu'a eue un CRS de lui porter un coup violent dans l’œil avec le bout de sa matraque ; ensuite, passé de l'autre côté du cordon de la police grâce aux pompiers, comment il a pu surprendre le chef des CRS commencer à accorder sa version factice avec celles de ses collègues (« celui-là, il est tombé, hein »).
Nous sommes le jeudi 12 juin 2015 et plusieurs centaines de manifestant.es se sont introduit.es dans la caserne abandonnée de Château-Landon, lieu de 5000 m² tout désigné pour une occupation sanitaire et politique par le mouvement de mobilisation des évacué.es de la Chapelle et d'ailleurs, campement évacué et détruit le 2 juin en dessous du métro aérien parisien.

Je me retrouve dans un premier temps sur un banc public avec un premier blessé, le sang ayant coulé abondamment du nez sur son visage et son pantalon crème. Très proches de policiers en civils, les pompiers décident de nous transférer plus loin. Chacun.e est d'abord inquiet.e de savoir où ille sera emmené.e et s'il y a collusion avec la police ou fichage, sait-on jamais. Les pompiers nous rassurent, nous ne nous mêlons pas des affaires de la police, nous sommes neutres et ne prenons pas parti. Je tends ce qui me reste d'eau à l'homme qui se rince le visage avec un mouchoir. Dans un second temps, les pompiers nous amènent au rez-de-chaussée de l'hôtel et nous remplissons nos fiches d'identification protocolaires, pour une prise en charge médicalisée aux urgences hospitalières dans différents coins de la capitale. Je ne comprends pas immédiatement la question informelle du pompier qui me demande si je suis « militant ». Il veut juste savoir si je suis « manifestant » ou bien « policier en civil ». Car il y a aussi des policiers blessés et il serait malvenu qu'ils partagent la même chambre d'hôpital avec celle.ux qu'ils auront violenté.es, cela s'est déjà vu et cela s'est mal passé, nous annonce-t-il dépité. L'homme avec des boursouflures à la place de son œil gauche, au bord de l'évanouissement, en profite pour glisser une plaisanterie bien sombre sur son état qui ne lui permettrait aucunement d'être effrayant ou violent. Une femme qui boîte entre et raconte qu'elle a été matraquée aux jambes alors qu'elle se tenait de l'autre côté des barreaux des fenêtres à l'intérieur de la caserne. Chacun.e remplit sa petite fiche d'identification que les pompiers nous accroche autour du cou comme des médailles, en attendant le diagnostic d'un médecin, pour nous envoyer aux urgences, si le besoin s'en fait sentir.

À 18h30, la moitié des manifestants étaient déjà dans la caserne, une partie de celle.ux resté.es dehors comme moi approvisionnaient en eau, nourriture, et matériel de ménage (pour s'installer et tenir face au siège des policiers), par les fenêtres de la rue Philippe de Girard, seule rue laissée libre par les innombrables policiers, armés de « lanceurs de balles de défense », tonfas, bombes lacrymogènes, et aussi, de pistolets. Un policier en civil entouré à un moment par une horde de manifestant.es l'invectivant, triturait le sien nerveusement, alors qu'il venait d'arracher du mur avec l'aide d'une collègue (tout aussi mal habillée), de façon complètement inconsciente et dangereuse, et vraiment perverse, l'échelle droite posée contre le mur dont se servaient une seconde plus tôt quelques manifestant.es pour pénétrer dans l'enceinte du bâtiment, pour fournir une éventuelle aide à l'intérieur.
Un homme mécontent, qui présente plutôt bien, vient maintenant récupérer son échelle auprès des deux policiers en question, qui le laissent faire, comme pour reconnaître l'absurdité et la déviance de leur comportement. Je comprends alors toute l'imbécillité stratégique des policiers : il fallait charger pour empêcher les gens de rejoindre les autres à l'intérieur du squat.

À l'horizon, pendant un moment d'éternité, au-dessus des voies ferrées, un homme s'était tenu sur la structure du pont à une cinquantaine de mètres de haut en menaçant de se suicider si jamais les CRS pénétraient dans le squat pour l'évacuer on sait comment.
C'est pourquoi les pompiers étaient déjà sur place. Ils étaient d'ailleurs surpris statutairement d'avoir à traiter un afflux subit de quelques 6 blessé.es chez les manifestant.es...

Des gens qui voudraient dormir sous un toit vraisemblablement, bloqué.es par le cordon de police, escaladent maintenant la façade pour passer par la fenêtre du premier étage. Très vite, un homme tombe sur une autre personne plus bas qui lui sert de matelas, provoquant un cri de frayeur parmi la foule.
C'est à ce moment précis qu'il est décidé avec d'autres de ralentir la charge donnée par les CRS. Cela prend la forme d'une chaîne largement optimiste, bras dessus bras dessous, dans une pose solidaire. Gaz et coups de pied sont lâchés de bonne guerre certes par les fonctionnaires de police, mais de façon abrupte, le coup de matraque descendant sur la boîte crânienne qui fait vibrer la nuque est surprenant. J'admire toutefois le savoir-faire sur la furtivité du mouvement. Un « camarade » m'extirpe de la chaîne, j'échappe à la suite. Je trouve de la glace auprès du restaurant indien dont le patron est d'une extrême bienveillance.
Pour ne pas dormir dans la rue et faire respecter le droit, des personnes décident un jour d'occuper un immeuble vide de 5000 m², mais les autorités (« L'état est en dernière instance une bande d'hommes en armes ») ne sont pas d'accord.

À 21h30 les policiers chargent la première fois pour disperser la foule. Vers 23h30, les autorités (la mairie en lien avec la préfecture) viennent négocier « pacifiquement » avec les manifestants de l'intérieur de la caserne. De 50 places d'hébergement prévues dans l'après-midi, c'est maintenant 110 places d'hébergement « sur une durée indéterminée » qui sont offertes pour la paix sociale, conditionnées par l'évacuation immédiate de la caserne. Pendant les négociations, le traducteur arabophone du Parti Communiste Français floue les migrant.es en jouant sur les ambiguïtés « logements » /  « hébergements » et « durée indéterminée » / « pérennité », une élue PCF sautille comme un cabri pour transmettre son approbation par-delà les barrières de la langue.

Dehors, une quarantaine de personnes du campement initial au Jardin du Bois Dormoy seront écartées malencontreusement de cette nouvelle offre. Avec l'aide des soutiens, illes ne trouveront refuge qu'à proximité, au Jardin d'Éole dans la nuit, avec bâches et matelas sous la pluie, où un nouveau campement, avec sans cesse de nouvelles arrivées quotidiennes de migrant.es de province et de l'étranger, sera monté, au moins pour dormir quelque part et au plus pour continuer à organiser politiquement la lutte, et entrer dans des rapports de force avec les autorités, pour ne pas dire pire.

Aujourd'hui, début juillet, le campement, après évacuation partielle le 19 juin, s'est déplacé de nouveau à la Halle Pajol (que les puristes nomment Pajol#2), faute de mieux, faute d'un lieu collectif adapté pour se reposer et penser, faire ses démarches administratives sereinement avec un guichet unique, s'organiser pour la lutte, augmenter ses chances individuelles de régularisation et de logement par une stratégie collective, en se basant sur le postulat que les autorités n'offriront rien sans qu'on le leur arrache.
En partant du plus prosaïque : savoir lutter pour obtenir des toilettes pour plus d'une centaine de personnes ; satisfaire des besoins sanitaires, culturels, hygiéniques, sociaux élémentaires ; se rencontrer et se parler pour échanger un savoir pratique et administratif ; traiter la violence de la rue et la détresse ; assurer une information et des formations afin que chaque nouvelle personne arrivant sur le campement puisse connaître le contexte politique et pratique dans lequel peuvent évoluer les luttes ; organiser les permanences juridiques et effectuer les démarches administratives…


Plus tard, le 29 juillet, Pajol#2 est évacué de nouveau par les autorités dites compétentes. Cette fois, les élu.es de la majorité municipale de gauche y faisant habituellement acte de présence et précisément la police politique, les bras ballants, n'ont pas été traité.es à égalité par l'état ! Contrairement à l'évacuation partielle du 19 juin, où les élu.es jouaient les sous-fifres et les supplétifs de la République, étant prévenu.es à l'avance du grand débarquement confidentiel des institutions, ce 29 juillet, l'état ne les a pas dépêché.es.
Il faut bien le dire : comme il est toujours possible de voir des élu.es municipaux de gauche expulser sans scrupules ni excuses des campements sans solutions de relogement, il est possible que des élu.es ne préviennent aucunement des campements de leur évacuation. Campements qui peuvent le cas échéant s'organiser et lutter simplement : affirmer leurs revendications auprès des bons interlocuteurs, faire que tout le monde soit pris en compte dans les solutions d'hébergement (pour les absent.es à l'instant T cela va de soi, mais pas pour tout le monde visiblement), avoir des garanties écrites et signées, sauver les affaires dans de bonnes conditions (local à disposition, délai, etc.), trouver des solutions alternatives et de bon sens.
Autre exemple d'arroseur arrosé, la cocasserie pour un campeur de Pajol embarqué au commissariat de police du coin lors d'un contrôle routinier. Il y aperçoit avec soulagement derrière un des bureaux, un « soutien » du campement, le salue chaleureusement, innocemment. Le policier visiblement gêné, acteur professionnel, dit alors à son collègue de le « relâcher lui, c'est bon ».

Le 31 juillet 2015, les gens parvenaient à occuper le collège Guillaume Budé dans Paris 19ème, désaffecté depuis quatre ans, et d'aucuns se réjouissaient un soir de pluie d'avoir un toit sur la tête.

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