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 Kurdistan : mails envoyés au fur et à mesure

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Radinouk

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Messages : 277
Date d'inscription : 10/11/2013

MessageSujet: Kurdistan : mails envoyés au fur et à mesure   Ven 5 Juin 2015 - 14:46

Le 13 mars


Mehraba, 


On a fini par arriver. Après avoir oublié de regarder le terminal de départ… 20 minutes de retard à l’atterrissage – l'avion a tourné en rond autour de ce qui semblait être la mer donc noir total, alors qu'on avait quitté Roissy en plein jour. Puis une panne électronique à la douane qui nous a fait poireauter 25 minutes. Vers 20h30, nous retrouvions Sarah et vers 21H45 nous étions chez elle, où Yunus nous avait préparé un bon dîner. 


ça y est nous sommes à Diyarbakir. Nous avons récupéré Mylène et Claire, après deux jours sans elles à Istanbul, durant lesquelles nous avons un peu baladés, manger du poisson fris le long du Bosphore, rencontrer un syndicat étudiant mais aussi les personnes qui gèrent ici la campagne des livres. La rencontre la plus farfelue a été avec le consulat français, qui a souhaité nous rencontrer après que le reportage sur France info ait fait son petit effet. La consule est une femme très sympathique mais qui reproche aux gens qui baladent en Turquie de vouloir lui créer « des emmerdements maximums ». Elle n'a pas l'air non plus d'apprécier grandement sa vice-consule, comme nous l'a révélé l'affaire Nico. En effet, ce dernier était resté dehors car il avait sur lui un opinel et que la sécurité (post attentat semble-t-il) refusait de le laisser entrer. La vice-consule en fait part au début du rendez-vous, la consule ne l'écoute pas. Au bout de quelques minutes, la consule dit soudain « vous n'étiez pas quatre ? ». J'explique la situation. Ell e se lève et s'énerve « mais c'est complètement ridicule », elle ordonne alors à la vice-consule d'appeler pour qu'on aille le chercher. 5 minutes plus tard, Nico arrive triomphant – perplexe, sa petite moustache mise en valeur par son cuir noir et sa casquette. La consule le salue, tout comme le conseiller géo-stratégique quelle avait sorti. Sarah réprime un fou rire. Ce rendez-vous (+ une discussion avec la quai d'Orsay que je vous passe) m'a fait prendre conscience de deux choses : un ces gens vivent vraiment dans un monde de peur qui doit leur être difficile à supporter, mais qui explique probablement qu'ils vivent entre eux. Deux, que ceux qui nous gouvernent sont sérieusement pas à la hauteur de tâches qu'ils s'accaparent. On est très très très loin d'un film hollywoodien et ces gens ne nous sauveront pas si des Aliens attaquent.    




Nous dormons ıcı dans un appartement un peu étrange qui appartient à un centre de recherche qui s'appelle le SAMER. L'appartement contient deux toilettes, quatre grandes pièces, des lits pour tout le monde, quelques verres et assiettes, et un habitant permanent qui va tout le temps au restaurant mais c'est à peu près tout. Il est aussi installé dans un quartier de classe moyenne et les immeubles ont des mosaïques magnifiques. Nous dormons juste à côté de la mosquée, et la prière de 4 heures a fait son petit effet sur une partie groupe, moi, je dormais comme une souche, j'ai donc raté ce grand moment. 


Ce matin, nous nous sommes rendu a une conference de la jeunesse du Moyen Orıent organıse par les jeunes du DTK, cad le congres des peuples du Kurdıstan, ou etaıent representes l egypte, la palestıne, l  afganıstan, les dıverses regıons kurdes, la jordanıe, la lıban. C etaıt tres ınegal, parfoıs un peu dogmatıque, parfoıs tres concret sur les problemes rencontres. L egytptıenne notamment a faıt une long expose des problemes suıte a leur revolutıon.


Nous contınuons demaın avec les jeunes du DTK maıs d abord ce soır nous allons a la receptıon de fın de de rencontre des jeunes. On suppose des danses en perspectıvem deja a chaque pose, des groupes se mettaıent a danser.  



Bısous a tou-te-s 


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Le 18 mars


Bonjour a tout-e-s,

Enfin je me pose un peu pour vous ecrire a nouveau.Sans accent a cause du clavier turc depuıs lequel j'ecris. J ai aussı les pıeds a l'aır a cause de la pluıe torrentıelle quı tombe sur  Dıyarbakır (Amed en kurde pour rappel) et je profite de cette pause pour me réchauffer. Cette pluıe est un peu suprenante pour moı quı n'en avaıt pas vu une goutte ıl y a un an. 
Nous avons aujourd'hui été au Newroz de l'unıversité. Sous une pluie terrible donc. Mais les etudıant-e-s etaıent monbreux. Or feter le newroz reste dangereux pour eux. Cette fete a longtemps ete réprimé en Turquie (comme en Syrie). Elle symbolise l'arrıvée du prıntemps maıs aussi la lıbératıon des Kurdes puısque l'hıstoıre raconte qu'un forgeron apres avoır vaıncu une sorte d'ogre qui mangeaıt les enfants, alluma un feu pour dıre que l'ogre étaıt mort. Aınsı chaquw Newroz se déroule autour d'un feu. Quand le feu commence a descendre, certains sautent par dessus les cendres. Par aılleurs, les gens dansent selon la tradition ( on appelle ça le Halai, au fait Hélene avec deux poınts sur le i maıs je saıs pas  ou c'est sur le clavier), c'est a dıre qu'ıls se tıennent par les bras ou la main ou le petit doigt et font des pas tout en avançant tous ensemble. Le cercle boug donc ( un peu comme les danses bretonnes). Le Newroz est donc plutot un moment joyeux. C'est aussı un moment fort politiquement. La musıque alterne avec des dıscours polıtıques. Il y a des Newroz un peu partout quı s'enchaınent. Le 17, nous  nous  sommes rendus a celuı de Suruç. Suruç c'est la vılle quı est de l'autre coté de la frontiere face a Kobané. De l'endroit ou étaıt le newroz, on voit  tres bien Kobané. Nous étions a 100 metres de la frontiere,  fermée par les forces turques quı pointent leurs armes vers la Turquie pour empecher les gens de passer. Nous avons appris que plus de 40 000 réfugıés sont aujourd'hui rentrés la bas et ıls ont construıt des camps temporaires faits de tentes car la ville est détruite a 80 %. Une grande conférence sur Kobané et sa reconstructiom se prépare pour avril ou mai tandis que les YPG et YPJ essayent de faire la jonction entre le canton de Djezıreh et celui de Kobané. En d'autres termes, c'est eux et elles qui attaquent l'Etat islamıque pour gagner du terrain. 

Ce Newroz de Suruç était déstabilisant, les airs étaıent tristes et les visages fatıgués. İl a eu lieu par ailleurs entıerement en kurde, ce qui est plutot ınhabıtuel maıs cela montre que la population étaıt majorıtaırement celle du canton de Kobané quı n'est pas encore rentrée. Beaucoup parlait arabe, d'autres uniquement kurdes: On reconnait aussı a leur keffıers le peuple auquel ıls se référent aİnsi le rouge pour les arabes et les habitants d'Urfa ( juste au dessus de Suruç) étaıt tres présent. A Suruç, le soutıen est tres fort, quand le bus passaıt, on nous saluaıt avec le sıgne de la vıctoıre. Le monde présent a la fete étaıt aussi tres impressionnant. 

Je ne sais plus sı j'en fais mention mais nous avons bien déposé les livres et rencontraient les personnes quı s'occupent de cette campagne et vont souvent a Qamıshlo. Nous avons aussi rencontré le héro d'un article de l'humanité qui s'appelaıt " le combattant qui lıt Deleuze". Il dormaıt chez nous l'autre soir et nous a soudain montré cet article. Il faıt partı des Turcs qui sont partıs combattre d'eux memes a Kobané. Il est rentré en Turquıe apres la lıbératıon de la ville. C'était tres décalé parce que on se parlaıt dans un mélange de turc, kurde, anglais et françaıs et en gros lui voulait parler phılosophie et nous situation a Kobané. Il nous a cıté un tres large panel d'auteurs françaıs qu'ıl a lu en turc . sartre, camus, baudelaıre... et bıen sur Deleuze et Foucault.
Nous avons eu le temps de comprendre que les gens partaient pour un mois et que les YPG YPJ ne sont pas ınterdıts en Turquie contrairement aux forces armées du PKK ce qui premet la formation de ces especes de brıgades ınternatıonales 

Sınon on a commencé a rencontrer des groupes et personnes dıverses, ce sera pour la prochaıne foıs. Car on part la rencontre le syndıcat enseıgnant tout de suıte.

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Le 20 et 21 mars

 

Difficile de résumer en quelques lignes tout ce que nous voyons et ce que nous apprenons. Nous sommes allés hier rencontrer des personnes d'un camp de réfugié-es qui accueillent des Ezidis. Ce sont ces personnes venues du nord de l'Irak autour de Sinjar, qui furent attaqué-es très très violemment par Daesh au début de l'été 2014. Beaucoup de femmes ont été victimes de violences sexuelles et de viols, une partie d'entre elles est toujours entre les mains de Daesh. Les Ezidis sont un peuple d'environ 150 000 personnes, qui correspond à une religion qui s'appelle le zoroastrisme, antérieure aux religions monothéistes. Ils nous ont dit avoir été visé-es par 74 massacres au cours de leur histoire. Et ils parlent à plusieurs reprises de génocide, notamment à propos de l'attaque de Daesh durant l'été. C'est les forces armées du PKK (le parti des travailleurs du Kurdistan, créé en Turquie en 1978) qui sont intervenus pour les sauver et ont ouvert un corridor pour leur permettre de fuir vers la Turquie où ils sont maintenant plusieurs milliers de réfugié-es. Les camps accueillent 4 000 personnes dont probablement environ un milliers d'enfant. Celui où nous étions est à environ 20km de Diyarbakir. Il a été installé sur un complexe sportif. Il s'agit de tentes en forme de demi cercle qui s'étalent les unes à côté des autres.
 

Nous avions eu il y a lundi une présentation de la situation par une députée européenne Ezidis elle-même qui s'occupe de cette question depuis des mois. Elle était très émue en nous parlant. En tout c'est plus de 20 000 personnes Ezidis plus 80 000 personnes de la région de Kobané ( au bas mot) qui sont réfugié-es dans la région et l’État ne leur fournit aucune aide. En effet, de l’État turc dépend une agence qui s'appelle l'Afad mais qui s'occupe de moins de 7 000 personnes. Pour les Ezidis, il refuse de leur accorder le statut de réfugié-es. Ce refus entraîne l'impossibilité pour eux et elles de se soigner gratuitement. Les camps dans lesquels ils sont, ne fonctionnent que grâce à l'aide et la solidarité des municipalités DBP (le parti kurde) et les habitant-es de la région. Or la région est déjà sous dotée en moyen et infrastructures. L'une des différences majeures entre les camps de Ezidis et ceux des réfugié-es de Syrie est leur état psychologique nous ont dit plusieurs personnes. A Kobané, les habitant-es ont réussi à fuir avant que la guerre ne commence. A Sinjar et dans toute cette partie du Kurdistan irakien, ils et elles (surtout elles) ont subi directement la guerre et les horreurs perpétrées par Daesh. A notre arrivée au camp, nous sommes d'ailleurs tombé sur un événement inattendu et très compliqué à gérer pour nous. C'était la fin de l'enterrement d'une jeune femme de 19 ans qui s'était suicidée durant la nuit. Quand nous l'avons appris, nous avons refusé d'entrer pour voir le camp, nous sentons trop mal de le faire dans ces conditions. Nous avons assisté à la marche qui menait le cercueil jusque l'ambulance à l'entrée du camp. Porté par des hommes dans un grand silence, le pas vif. Une fois le cercueil arrivé à l'ambulance, des cris se sont fait entendre, probablement des femmes proches de la victime. Ce moment m'a semblé une éternité. Au bout d'un certain temps, le cercueil est parti et la foule s'est dispersée, retournant vers les tentes dispersées sur le complexe sportif. Après quelques instants, des enfants sont revenus jouer à l'entrée du camp. Nous attendions de notre côté que des Ezidis émigrés en Russie qui étaient venus avec nous n'aillent visiter de leur côté le camp. Puis soudain, ce sont des cris de manifestant-es qui se sont fait entendre. Des dizaines de personnes marchaient le long de la route. C'était la marche qui arrivait de Nusaybin (ville à la frontière syrienne, mais proche de l'Irak), composée de marcheurs qui demande la libération d'Ocalan (le leader kurde) et s'en venait pour le Newroz de Diyarbakir. Des centaines de personnes sont alors réapparues pour saluer les marcheurs dont des dizaines et dizaines d'enfants. Nous avons alors pu discuter avec le chef de camp qui était venu saluer les marcheurs aussi. Il nous a expliqué leur situation et s'est excusé des conditions particulières et de ne pouvoir nous recevoir (sic!). Il nous a longuement expliqué à quel point ils étaient abandonné et ce qu'ils devaient au PKK d'être venus les sauver. Ils ont insisté sur l'importance que les Etats-Unis et lUnion européenne retirent le PKK des organisations terroristes pour que celui-ci puisse aider librement dans la guerre qui a lieu actuellement au Kurdistan. Ils nous ont eux aussi précisé que l’État turc ne transmettait pas les aides aux réfugiés et qu'il fallait fournir les aides directement aux organisations de la société civile ici ou aux mairies qui aident les réfugié-es.
 

Après cette discussion, des enfants se sont remis à jouer. Les enfants jouent visiblement partout dans le monde aux mêmes jeux, car ils jouaient au facteur, aux billes et aux osselets.
 

Il y a tout le temps ce mélange ici de tristesse et de joie. Le Newroz est l'affirmation de ça. Des gens campent la veille au soir sur le lieu du Newroz, des gens viennent de toute la Turquie et même du monde. Près de 3 millions de personnes sont attendues. On a croisé un journaliste du figaro venu photographié l'événement. Ibrahim chez qui on loge maintenant y partira dès 7 heures du matin, ses parents sont montés depuis Sirvan, une ville à 2 heures de Diyarbakir. Et en plus de nous, l'appartement accueille des potes venus d'Ankara. L'affichage du Newroz montre par ailleurs le travail du mouvement kurde pour continuer à s'ouvrir aux autres peuples. L'affichage se fait dans plusieurs langues kurdes, mais aussi en arménien et en arabe. D'ailleurs les commémorations du centenaire de génocide des Arméniens se préparent aussi, elles auront lieu le 24 avril. Quant à l'arabe, la situation en Syrie a poussé les Kurdes à travailler plus avec les peuples arabophones. Certains leur reprochent leur attitude en assimilant les arabes à Daesh, mais le débat est vif sur la nécessité de ne pas faire cet amalgame. La superposition des religions est aussi très complexe. Entre les zoroastriens, les orthodoxes, les musulmans de divers courants, les alévis…et bien sûr les nombreux athées aussi. Nous sommes allés visité l’Église arménienne, qui est terminée maintenant (elle ne l'était pas encore l'année dernière) financée par la municipalité de Diyabakir (tenue par le parti révolutionnaire kurde, BDP). Ce fut un moment très important pour permettre l'intégration des Arméniens au mouvement et la reconnaissance de leurs droits à exister ici avec leurs particularités. Une nouvelle mosquée doit aussi voir le jour et en même temps la municipalité a promis de financer des centres d'accueil pour les personnes LGBT (lesbienne, gay, bi, trans). Le groupe LGBT que nous avons rencontré nous a fait voir clairement la complexité de faire cohabiter autant de groupes aux idées diverses et parfois contraires. C'est-à-dire comment construire un système de démocratie fondé sur la pluralité des personnes qui vivent dedans et non sur une assimilation ou une uniformisation de tout le monde, comme l'impose l’État turc.
Ce qui m'amène à une surprise que nous avons eu, nous sommes tombées par hasard sur le salut au drapeau de fin de semaine que les enfants sont obligés de faire dans les écoles. Nous marchions vers 17h dans une rue quand nous avons aperçu derrière les grilles les enfants alignés chantant l'hymne national sous le drapeau. Puis le drapeau a été baissé car ils partent en week-end. Cette pratique a normalement été supprimée depuis 2 ans, mais elle est remise en place dans les écoles dites Imam Hatip, c'est-à-dire des écoles de formation pour imam. La veille nous avions justement rencontré un syndicat d'enseignant qui nous expliquait comment se transforment les écoles turques pour devenir de plus en plus des lieux qui forment à un nationalisme religieux, ce qui les inquiètent beaucoup et contre quoi ils luttent. Les enfants sont pris très tôt pour les conformer à ce que le gouvernement AKP voudrait : à savoir un peuple très religieux, turc et dociles. La question de l'enseignement est une question centrale du mouvement kurde et des peuples non turcs vivant en Turquie. Les Kurdes ont commencé à ouvrir des écoles publiques intégralement en kurde, il y en a trois actuellement toutes à Diyarbakir. Ils créent les niveaux au fur et à mesure.
 

Nous avons aussi des histoire de langues et de drôles d'histoires liées à notre niveau de kurde et de turc. Nous nous débrouillons comme on peut en progressant de jour en jour. Nous avons fait le choix compliqué de parler un peu turc et kurde, ce qui mélange un peu tout. Ainsi en discutant avec Ibrahim, Claire s'est rendue compte qu'elle disait şer baş (prononcer cher bach) à tout le monde pour dire au revoir le soir. Or cela signifie bonne guerre. Elle voulait dire şev baş, mais cela signifie, par ailleurs, bonne nuit.
 

Je ne peux pas vous laisser sans dire quelques mots du newroz d'Amed. Il a eu lieu cette année à la frontière sud de la ville sur un grand terrain de terre et de dur. C'est-à-dire en gros à la lisière entre un quartier neuf et la campagne. Nous l'avons rejoint de manière privilégiée grâce au DTK qui avait prévu des voitures pour les invité-es. Nous l'avons donc aussi passé avec les deux conducteurs. Le principe du Newroz est simple : une grande scène et plus d'un million de personne qui apportent couleurs et drapeaux. La diversité des drapeaux est impressionante : drapeau traditionnel du PKK (dire pékéké), des branches jeunes, femmes, armées, mais aussi le drapeau kurde irakien, le drapeau LGBT, des drapeaux anarchistes, les drapeaux du Rojava (YPJ, YPG) et cent autres. Une vague fouille est effectuée à l'entrée, en fait d'entrée, il y a des barrières autour de la scène et de l'espace Newroz. Les gens s'agglutinnent autour aussi, notamment parce que des stands de nourriture s'y installent. Pour ceux et celles qui connaissent la fête de l'huma, c'est comme s'il n'y avait que la grande scène et que toute la fête la regardait. Les gens improvisent ensuite des danses, discutent ou écoutent la musique et les discours politiques. C'est un grand meeting chantant et dansant. Le point d'orgue est la lecture du mot d'Ocalan, qui a lieu aujourd'hui vers 13h. Il a appelé à ce que le PKK se réunisse en congrès pour déposer les armes ainsi qu'à la formation d'une commission vérité et justice. Aujourd'hui, il s'est mis à pleuvoir vers 12h, les gens se sont alors abrités sous des parapluies ou sous leurs écharpes (on est au pays de l'écharpe). Le soleil est revenu entre la lecture de la lettre d'Ocalan en kurde et en turc. Événement qui a fait beaucoup rire les kurdes qui comparent leur leader à celui qui leur apporte le soleil. La pluie n'a pas repris depuis. 
La foule est très impressionnante et plus ou moins compacte selon les moments, mais nous nous déplacions en fil indienne tout en nous tenant très fort par la main. C'est une foule plutôt respectueuse. Nous avons été confronté-es à deux mouvements de foule. L'un à cause du drapeau immense qui tourne dans la foule. Il doit faire près de 30mètres de longs. Il vous passe ainsi parfois par dessus la tête sans que vous vous y attendiez. Il arrive parfois que le drapeau tangue provoquant alors un mouvement de foule. A l'un des passages, des gens sont tombé-es sur un vendeur de simit qui avait installé sa table à côté d'un poteau. « Yavach » ont crié les gens et tout est rentré dans l'ordre. Cela signifie doucement. Le deuxième mouvement de foule a eu lieu quand le feu a débordé. Il a été allumé vers 11H30 à peu près, trônant au-dessus de la foule, or pour des motifs inconnus, il a soudain débordé, nous étions à 50 mètres de lui a peu près et nous avons soudain senti de la chaleur et quelques personnes ont crié de peur entraînant un mouvement dans notre sens. Là aussi la situation est redescendue assez vite, le feu étant entouré d'une étendue d'eau.
Ce newroz était bien sûr sous le signe de Kobané, Shengal et des martyres tombés contre Daesh, signification d'autant plus importante que le newroz a dû être annulé dans le canton de Djezireh (en Syrie) car une voiture piégée a explosé dans la ville de Hassaké, c'est-à-dire relativement en profondeur dans le canton. D'un autre côté, l’État turc a attaqué la fin du Newroz de Batman et celui de Wan. Le newroz est aujourd'hui autorisé en Turquie mais de manière très cadrée finalement, or des jeunes voulaient poursuivre leur newroz dans la rue, ce qui a donné un excuse à l’État pour gazer depuis le ciel. Mais les gens ont tellement l'habitude ici que ça ne les inquiète pas plus que ça. Ils semblent sûrs qu'ils finiront par gagner un jour, qu'ils seront libres et pourront continuer leur émancipation. 
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Hey,


Nous voici maintenant à Dersım ( vılle dont le nom turc est Tunceli). Il a faıt très beau hıer maıs ıl neıge aujourd'huı. C'est une vılle de montagne ınstallée sur des flancs quı se font face avec une rıvıere quı ğqsse au mılıeu. 

L'hıstoıre de Dersım est très particulière car ıl s'agıt d' une vılle quı q résısté longtemps à l'unıfıcatıon de l'Etat turc avant que ces habıtants ne soıent réprışées par centaınes de mıllıers nous a-t-on dıt en 1938, depuıs l'Etat essaye de forcer la pénétratıon du natıonalısme turc. C'est une vılle très à gauche où exıte presque tous les partıs de la gauche turque et kurde. La dıfférence entre les deux pour faıre sımple est que la gauche dıte kurde ne dé!fend pas le natıonalısie turc alors que l'autre a tendance à vouloır mınorer les luttes des groupes non turques. A Dersım les deux cohabıtent et aussı de nombreux peuples que les Turcs ont tenté d'assımıler : Arménıens, Alévıs ( ce sont des kurdes partıculıers), Zazakıs (encore des Kurdes avec une langue autre) et d'autres encore. Par aılleursm Dersım est toujours sous occupatıon mılıtaıre c'est par exemple la permıère foıs que nous subıssons un controle de polıce. Les entrées de la vılle sont surveıllées et la guérılla du PKK n'est en réalıté qu'à quelques kıloşètres perchées sur les montagnes. Nous nous y sommes d'aılleurs balladées hıer dans ces montagnes enneıgées donc, mais sous un soleil réchauffant. C'étaıt magnıfıque et tellement grandıose. Au fıl de la journée la neıge a fondu laıssant apparaıtre cascade et terre battue (une terre très rouge). Les camarades quı nous qccompagnaıent nous ont faıt rencontré un apıculteur quı vıt dans la montagne (enfın le long de la petıte route) où ıl a des ruches et faıt du mıel l'été. Il quıtte lq mqısonnée qu'ıl a construıt dans la roche juste les troıs moıs d'hıver car ıl faıt vraıment trop froıd, maıs sınon ıl vıt là dans la montagne seul avec ses abeılles et les camarades quı passent boıre un thé de temps à autre. ( ıcı c'est le pays du thé).
Il nous acueıllıt autour d'un thé au soleıl sur une sorte de terrasse entre la maısonnéer et les ruches, ceux d'entre nous quı avaıent les pıeds trempés ont pu se réchauffer au poele dans la pıèce unıaue de la maıson.

Sınon nous sommes logées dans dıverses maısons selon le jour. Avec Malıka, nous nous sommes retrouvés chez un couple une nuıt quı avaıent l'aır très heureux que deux européennes soıent là. ca en étaıt 2touffant de gentıllesse. Nous sommes ensuıte passés chez des étudıant-es avec quı nous avons réussı à communıquer en jouant aux cartes toute la soırée. 

Je doıs reprendre plus tard car un rendez-vous a été avancé. Nous n'avons pas le meme sens de l'heure ıcı. 

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Mehraba,
Je reprends donc sur Dersim. Finalement ce n'est pas plus mal car entre mon dernier mail et maintenant nous avons appris beaucoup plus sur l'histoire de cette ville et de cette région. La région fut donc l'objet d'une terrible répression en 1938. mais la répression n'a pas cessé ensuite. Une loi a interdit jusqu'en 1948, les habitant-es de la région de revenir. Par la suite, l’État turc a appliqué diverses politiques d'assimilation qui vont de répressions sanglantes à la mise en place de pensionnats pour y placer des enfants retirés vers l'âge de 7 ans à leur famille. Ces pensionnats étaient parfois installés dans des zones militaires et entourés de mines (sic). Il n'en reste que deux en Turquie, mais les effets ont été dévastateurs. C'est intéressant de voir que ça ressemble à ce que le Canada a mis en place avec les peuples des Premières Nations. Finalement les politiques d'assimilation sont très semblables de par le monde. 
            Dersim est donc placée entre plusieurs montagnes dans une vallée qui fut choisit pour son caractère inaccessible. C'est pourquoi de nombreux groupes s'y sont réfugiés, arméniens, alévis et autres. C'est une toute petite ville de 32 000 habitant-es en fait. On l'a appris ce soir chez les filles chez qui nous dormons, une colloque de 5 filles, qui sont deux ou trois par chambre. 32 000 habitant-es ça n'est pas grand-chose finalement. La région a été décimée au fil des années et la langue zaza (l'une des langues kurdes) avec. Elle fait partie des langues en voie de disparition mise sur la liste de l'Unesco. La culture et religion alévis ont survécu, c'est une branche de l'Islam qui est pratiquée par certains Kurdes comme certains Turcs. Cette culture est à son tour attaquée depuis une quinzaine d'année avec les politiques de mise au pas de la religion musulmane rendue possible par la définition turque de la laïcité. Depuis la fondation de la nation turque dans les années 20, la laïcité repose sur le fait que la religion est totalement maîtrisée par l’État. Ainsi le gouvernement AKP des 15 dernières années ayant une vision très fondamentale de l'Islam, il en renforce l'enseignement et en promeut une vision sunnite et réactionnaire. Diverses franges de la population y résistent en luttant notamment pour une laïcité au sens de séparation de l’État et la religion. Ces luttes partant à la fois de franges athées de la populations, de branches de l'Islam autres ou encore d'autres croyants présents. Les cours de culture religieuse sont obligatoires à l'école et les Alévis que nous avons croisés nous expliquent que ces cours promeuvent une version très limitée de l'Islam et dans laquelle les autres branches sont enseignées sous un angle négatif. Ces cours s'adossent à un enseignement nationaliste. Tous les manuels scolaires commencent par l'hymne national, s'y ajoutent parfois un mot d'Atatürk et sa photo, le père de la nation. Dersim résiste donc à l'uniformisation de la Turquie encore et toujours. D'où la base militaire dans la ville, adossé à l'un des flancs de montagne, mais qu'on aperçoit depuis le centre ville et au milieu de laquelle trône un énorme drapeau turc. D'où les contrôles de police et les véhicules blindés qui sont dans la ville même. Hier nous nous sommes faits contrôler à pied en rentrant de l'université au milieu de nul part. L'université étant au milieu de nul part. 
 
            Dersim est en même temps un village au sens où tout à l'air de se savoir assez vite et il y a un côté un peu oppressant dont j'ai déjà fait mention, qui s'est reproduit à plusieurs reprises. Boire de l'alcool est par exemple très mal vu. Les filles chez qui nous avons dormi cette nuit sont les premières à nous foutre la paix tout en étant toujours très accueillantes. Ça nous permet de prendre un peu d'air. En même temps, le fait d'être souvent bloquées malgré nous avec les gens nous poussent à devoir parler par divers biais. Les cartes ont bien servi hier. Ce matin nous avons réussi à avoir une discussion politique dans l'endroit où nous étions invité pour le petit déj'. Parties de gestes autour du fromage, de l'omelette aux tomates, poivrons et piment (ça a bien rire nos hôtes quand j'ai failli mourir sur place de cette dose au piment dès le petit dej'), nous en sommes arrivés à un débat sur le rôle du parti et celui du syndicat entre geste et traducteurs informatiques. Les mots sont assez similaires : sendikat, partiya  ou demokrati, kapitalism, modernite… Quand au mot élection, par chance, c'est un mot qu'on avait appris en jouant aux cartes, le mot choisir « seç » (setch).  Comme quoi…
            Chez les filles, la guitare et l'art de Mylène ont servi à leur tour. Tout comme les calendriers avec les lieux touristiques de Dersim et une vidéo sur les révolutions dans la région.  Ce nouvel appart ' est très différent. Elles sont 5, mais ont un appart' parmi les plus propres et décorés que nous ayons vu. La plupart des apparts n'ont rien au mur et par ailleurs, dans tous les apparts que nous avons fait, le ménage était un concept abstrait. Ici une des filles a même voulu laver la douche avant qu'on ne se douche, alors que c'était déjà très propre. Nıco nous a précisé qu'il s'asseyait aux toilettes tellement il avait peur de salir (sachant que ce sont des toilettes turcs - et qu'il ne l'a pas dit en ces termes, mais je tiens à conserver mes prudes lecteurs). Globalement les gens vivent de façon très collective. Ils reçoivent d'autres personnes chez eux très souvent pour manger comme pour dormir. Hier en plus des 5 colocs, il y avait quelques invités et après qu'on soit allé dormir, ils continuaient en fumant du narguilé. L'un d'entre eux nous a dit son horreur de la Turquie et son envie de partir en Allemagne. Ce qui me fait me rappeler que traîne dans la ville un groupe d'une douzaine d'Allemand-es. Une grande partie d'entre eux est d'origine kurde et ils font parti-es d'une organisation étudiante allemande reliée au mouvement kurde. Ça explique sans doute pourquoi des commerçant-es nous ont parlé en Allemand. Ce qui montre que c'est une langue plus pratiquée que l'anglais ou le français par ici. 
 
C'était le cas notamment de l'avocate de l'association des droits de l'homme que nous avons rencontrée. Nous avons eu un long entretien avec cette asso mais c'est surtout elle qui a parlé. L'association est très récente car les répressions avaient amené à la fermer. Ils suivent à la fois des cas de personnes qui ont tout perdu car leur village a été rasé durant la guerre des années 90 entre l’État turc et le PKK, des cas de tortures ou de personnes qui n'ont toujours pas été retrouvées suite à des arrestations ou détentions arbitraires. Ils sont aussi confronté-es à des expulsions de maison, car l’État a trouvé un nouveau moyen pour vider la vallée de ces habitant-es, il crée des barrages qui inondent les vallées. Plein de petits barrages ont été créés et 6 grands projets existent sur le Kurdistan qui ne dépassent en tout pas plus de 7% des besoins énergétiques de la Turquie. Or il semblerait que la Turquie perde déjà 15 % de sa production. L'association des droits humains appelle ça des barrages sécuritaires, car ils servent selon eux avant tout à contrôler les habitant-es, les faire quitter la région et à empêcher la guérilla de passer de montagne en montagne. Ils nous ainsi raconté l'histoire d'une famille qui s'est retrouvée sur le mauvais côté du lac créé par un barrage. En gros, leur maison est isolée et il n'existe aucun moyen d'accès collectif vers leur maison. Il a été demandé un pont ou une route pour y accéder mais l’État refuse en faisant bien comprendre qu'il leur demande de quitter les lieux tout simplement.
 
Nous avons aussi visité l'université de Dersim, qui est assez récente, elle a été fondée en 2008 dans le cadre d'une politique de développement des universités dans toutes les régions. En soi, ce pourrait être une bonne idée, mais la fac est dite de la part même des profs et des étudiant-es comme une fac non scientifique, dont le seul objectif est de formater les étudiant-es de Dersim. Beaucoup de cours n'ont pas de contenu scientifique. Nous avons reposé plusieurs la question du sens de cette affirmation qui est assez obscure pour nous. Ce qu'on a compris c'est que beaucoup de profs ne connaissent pas les matières qu'ils enseignent. Le contenu général des cours est assez faible. Les locaux ont aussi été installés très loin du centre ville (10km), ce qui fait qu'ils sont hors du tissu urbain, perché en haut d'une colline. La vue est par contre magnifique depuis les salles de cours. On a vue sur un lac et plusieurs monts, qui sont encore enneigés en haut. D'une des fenêtres, on a pu voir le mot Elif inscrit au loin dans un champ, sûrement un amoureux qui déclarait son amour. La fac est moins réprimée que beaucoup de facs en Turquie. Il n'y a pas de contrôle à l'entrée et les étudiant-es ont renommé plusieurs lieux : il y a le parc de la liberté, le square de la paix. Mais la situation y demeure difficile.
Sinon pour ceux qui le connaissent Nico est tombé de son lit, saucisonné dans son sac de couchage. il a manqué de rechuter la nuit derniere alors que nous sommes dans une disposition où je dors dans en lit en contre bas du sien. il a donc manqué de m'aplatir comme une crêpe. Tout le monde va bien. Nous avons aussi survécu au gâteau bizarre, un énorme truc crémeux de 20cm de haut, au goût pas terrıble choisi pour l'anniversaire de Yunus.Espèrons  que pour l'anniversaire de Malila  (Mélıké comme ils dısent ici) qui a lieu aujourd'hui nous soyons mieux inspirés. 
Allez bisous

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Everbaş, (bonsoir - ça se prononce everbach)
Nous commençons à nous fondre dans la masse notamment grâce à mon pantalon de velour car c'est la mode ici. İls le portent façon année 70. Globalement alors que nous sommes en pleın montagne, les gens sont peu vêtus : pas de gants, peu d'écharpes - on voit souvent les poils du torse dépassé, ça suffıt peut-être à leur tenır chaud. Nous sortons d'une journée de grand froid pour nous, quı a commencé par une conférence de presse - rassemblement à l'endroit de la source du Munzur, contre un barrage qui va affecter la rsim la neige a fondu, là haut elle tient toujours. Plkus nous avancions, plus le paysage devanait blanc. Un paysage par ailleurs si beau qu'on a l'impression qu'il a été peint. Nous nous sommes ensuite encore balladé en montagne pour tomber sur une belle suprise que je laisse à ce que je vous raconterai de vıve voıx.

Je ne crois pas vous avoir raconté la route suivie pour arriver à Dersim. Nous voulions prendre le train pour découvrir, puisque nous avions rencontré la veille un syndicat de cheminots. Les trains turcs, à l'exception de deux lignes à grande vitesse, sont assez lents. C'est-à-dire qu'ils roulent en dessous de 50 km / h, c'est moins qu'un RER nous a précisé Nico. Arrivé à la guerre dimanche, donc lendemain du Newroz. Il y avait un monde fou. Dansant, chantant, riant… Impossible de prendre le train. Il n'y avait plus de billets en vente et ce qui nous attendait était sûrement un trajet debout durant trois heures. Nous avons donc renoncé. Nous avons alors dû nous réorienter vers les bus, mais en deux trajets. Un premier qui nous a amené à Elazig, un second qui nous amène à Dersim. Ce qui fait en tout 5 heures de route. Dans le second bus, il y a eu un moment où celui-ci a du prendre un petit ferry pour 10 minutes, nous faisant passer sur un lac et traverser des paysages vraiment magnifiques. Le souci est que ces paysages ne sont pas du tout naturels. Ils ont été créés par les barrages.
La ville de Dersim est donc en lutte contre ces barrages, qui comme déjà dit, ne servent à rien. L'électricité de la ville est en grande partie fournie par les panneaux solaires qui sont partout. Sur tous les petits immeubles, il y en a. Sur les maisons ici. L'apiculteur que nous avions rencontré se fournissait aussi en électricité de cette manière. A la fac, les bancs étaient des panneaux solaires aussi, mais qui servaient à illuminer le nom de l'université le soir. Ça nous a bien fait rigoler.
Toujours sur la montagne, elle semble à la fois très riche et très pauvre, ce qui a posé beaucoup de questions lors de nos ballades. Vendredi, nous avons fait une grande ballade dans la montagne déneigée, nous avons été guidé notamment sur les traces du massacre de 1938 (falaises d'où l'on jettait les gens, lieux bombardés…) Dans ses politiques répressives, l’État turc a tout simplement brûlé des parties entières de la forêt. La végétation commence doucement à reprendre forme des dizaines années d'après, mais ce n'est pas encore ça. De la même manière, quand on se ballade, on voit mieux les postes militaires perchés à divers endroits en hauteur. En l'occurrence nous sommes passés en contrebas de l'un d'entre eux, tout à fait visible de par les déchets qu'ils balancent sur les chemins. Ce chemin a par ailleurs constitué pour nous toute une aventure. Nous étions quelques uns dans un mini van et il fallait descendre tous les 500 mètres pour déblayer la route. Il fallait une fois de se mettre aux 8 que nous étions pour pousser une énorme pierre tombée au milieu de la route. Nous sommes montés et montés jusqu'à nous trouver dans les dernières neiges. Le village que nous étions supposés atteindre, semblant inaccessible, nous avons finalement fait demi-tour, après plus d'une heure d'alternance entre le van et nos pieds, avoir traversé une rivière, croisé des hommes qui faisaient des grillades, vu des chamois ou des bouquetins ou des moufetons… Ce chemin démarre depuis un vendeur de thé installé au coin d'une route de montagne. Ce vendeur est seul avec son abris et quelques tables et chaises le long d'une rivière. Il enchaîne les thés. Il y a des salon à thé de ce genre partout, mais aucun n'a le charme de ce bord de route et surtout le charme de ce faiseur de thé. Pour aller à la manif aujourd'hui il y a d'ailleurs eu beaucoup d'arrêt thé. Ainsi pour faire 60 km ,l faut plus de deux heures. Chaque thé est un grand moment. 
 
Nous avons aussi encore changé de maison, mais cette fois nous y sommes plus ou moins seul-es avec le camarade qui nous accompagne la plupart du temps. Il doit s'agir d'une maison d'accueil des gens qui passent. Il y a des mystères ici qu'on ne peut pas trop résoudre car ils ne disent pas tout, du type à qui est cette maison. C'est un grand espace en haut d'un des flancs de montagne. Il y a des chiens qui traînent dans le quartier et des chats. Reza aime bien mettre de la musique révolutionnaire à son réveil, et les Kurdes n'en manquent pas de musique. Ils ne manquent pas non plus de jeux auxquels ils jouent dans les cafés. Nico s'est fait dragué à la fac en se laissant entraîné dans une partie de backgammon. Nous fréquentons le même café tous les soirs où une vingtaine de personnes se regroupent pour jouer à divers jeux. Les cafés ou internet café ont aussi la particularité d'être souvent dans les étages des maisons et non pas uniquement au rez-de-chaussé. Le notre, qui s'appelle Ware ma est à un endroit stratégique de la ville. On y voit tous les arrivants car il est situé au dessus de l'unique arrêt de bus. Il est aussi en face des espaces politiques et à l'entrée du centre ville. C'est fascinant de voir passer tous ces gens alors que la nuit tombe. Jeudi, j'ai même pu observer les militant-es du HDP (le regroupement de gauche de Turquie) installés les fanions en hauteur. Cela consiste en des guirlandes de petits drapeaux qui vont de poteau en poteau. Je me demandais comment ils les installaient si haut. La réponse pour Dersim est grâce à des camions de pompier. Malheureusement, vendredi la police a tout fait retiré car la date d'ouverture de la campagne législative n'est pas encore arrivée. 
 
Sinon on a eu un autre écho de l'histoire de la ville après une rencontre avec des Arméniens. Les conditions de la rencontre étaient très étranges car ils sont suivis pour un reportage par France 24. mais nous avons eu suffisamment de temps sans les journalistes pour comprendre pas mal de trucs. Ainsi les Arméniens ne se sont pas réfugiés à Dersim, ils y ont vécu depuis plus de 2 000 ans avant même l'apparition de Jésus Christ. Ils sont issus de tradition païenne. Ce sont les Alévis qui vinrent se réfugier ici vers le XVIIIe siècle fuyant un Islam trop dogmatique qui prenait de l'ampleur dans l'empire musulman. Les deux cultures se sont alors mélangées. Les Arméniens étaient historiquement des artisans qui possédaient pas mal de biens. Au début du XIXe, ils ont commencé à être oppressés pour les biens qu'ils avaient par l'empire qui souhaitaient les imposer. Les tribus kurdes qui dirigeaient les régions prélevaient elles-aussi un impôt. Ils se sont alors réunis avec les Alévis et ont décidé de se cacher en tant qu'Arméniens et de se dire Alévis. Entraînant encore un mélange. Quand le génocide a commencé dans toute la région kurde en 1915, beaucoup d'Arméniens ont fui vers Dersim pour se réfugier. La Russie leur promettait alors qu'un Etat serait créé pour eux. Ils ont alors vendu massivement leurs biens et objets, mais entre-temps la révolution russe a rendu caduque cette promesse. Les Arméniens sont donc restés bloqués à Dersim sans leurs biens accumulés au fil des générations, mais protégés du génocide qui avait lieu ailleurs tout de même notamment par les Alévis. Ils se sont alors en partie assimilés encore. Le massacre de 1937 a amené les Arméniens qui restaient encore à se cacher encore plus.
Bref aujourd'hui, d'après cette association d'amitié entre les Arméniens et les Alévis, il y a beaucoup d'arménien-nes (ethniquement parlant disent-ils), mais soit les gens ne le savent pas, soit ils se cachent. Depuis quelques années, il y a des sortes de coming-out d'Arméniens, c'est-à-dire des gens qui revèlent leur arménité. Selon cette asso', Alévis est une culture mais ethniquement les gens sont soit Arméniens, Kurdes ou autres. Leur position pose cependant beaucopu de questions, parce qu'évidemment les gens se sont mélangés depuis. Leur discours est tout de même beaucoup mené par la peur qui agitent encore les Arméniens en Turquie, ce que l'asso essaye de combattre en reconstruisant une identité arménienne. Identité rendue d'autant plus complexe que les Arméniens d'ici sont musulmans (alévis ou pas) alors que ceux d'Arménie, d'Europe ou même à Istanbul sont des Chrétiens. Il y a donc des désaccords entre eux sur ce qu'est être arménien. 
En tout cas, l'Arménie a l'air de fasciner les Français, parce que ça fait plusieurs fois qu'on croise des journalistes qui font des reportages là-dessus. Sûrement pour le centenaire du génocide qui a lieu le 24 avril. Sarah nous a d'ailleurs expliqué qu'il y avait une grande manifestation qui se préparait à Istanbul à cette date avec la venue de nombreux arméniens de France. L'association nous a elle précisé à un moment que la France accordait facilement l'asile aux Arméniens car en 1915 durant le génocide, la France s'était retirée contre de l'or et n'avait pas sauvé les Arméniens.  



Nous quittons Dersim demain non sans pıncement. Je pense pouvrir encore vous donner quelques nouvelles tout de même. A Istanbul un gros mouvement étudiant bat son plein, on devrait voir ca dans trois jours.



Bises


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Everbaş,

Nous sommes posés désormais à Istanbul, après avoir quitté Dıyarbakır tard dans la nuit. 
Ce matin à notre réveil difficile, plus d'électricité ni eau. Ce n'est pas seulement l'appart de Sarah qui est touché mais tout le pays sauf le Kurdistan !
Habitués à ça, Sarah avait quelques bidons qui nous ont permis de nous décrasser un peu. Au fil de la journée des infos spéciales nous arrivent : ce serait lié à des affaires sombres du pouvoir qui cherchent à resécuriser ses serveurs suite à des attaques de la confrérie Fettulah Gulhen. Cette confrèrie religieuse se compose d'anciens amis du pouvoir mais ils se font la guerre depuis un an à coup d'arrestations et de coup de crasse respectifs (révélations de corruption ou autre) Certains prétendent que ce serait lié aux fournisseurs prıvés qui veulent peser sur le prix de l'électricité, d'autres à la rupture d'un pilon de hautre sécurité entre l'Europe et la Turquie. Je ne sais pas si on aura le fin mot de l'histoire. ça va mieux ce soir, meme si il y a encore une heure des magasins perdaient soudainement leurs illuminations, les générateurs ont fonctionné à plein. 
On a aussi appris en milieu de journée une prise d'otage au tribunal d'İstanbul par un groupe à l'acronyme compliqué : DHKPC. L'Etat a promuşgué une mesure aui empeche les médias d'ınformer sur la situation. Le groupe en question est un groupe soı-disant révolutionnaqire ( Les gens ont eu du mal à expliquer qui ils étaient, en tout cas c'est un groupe qui a eu une guérilla et de nombreux prisonnşiers politiques notammant dans les années 90. Le procureur pris en otage est celui en charge du procès des policiers qui ont tué un jeune homme nommé Berkın Elvan qui fut gravement blessé pendant le mouvement de Gezi et mourut quelques mois plus tard. Le groupe veut que les policiers reconnaissent qu'ils sont des assassıns publiquement et que tous ceux qui ont été poursuivi en lien avec cette histoire soient laissés tranquilles par la justice. 

Après plus de 15 jours au Kurdistan, İstanbul parait vraiment décalé. Nous sommes tombés tout à l'heure sur des jeunes qui dansaient dans la rue les danses kurdes pour se faire un peu d'argent. Difficile de ne pas avoir les images en tete des danses permanentes pour se détendre, s'amuser ou militer des Kurdes. A Dersim, tout le monde voulait nous apprendre les divers Halai pour des raisons cultuırelles et politiques. ça parait vraiment deux mondes. 
Le monde aussi est ımpressionnant. Nous sommes allés au Grand bazar en vitesse pour se procurer du café, c'est indescritible le monde qui s'y engorge.  
İl faut aussi oublier les mots de kurde apprıs notamment les mots de politesse. Meme si la population kurde est importante ici c très aléatoire pour se faire comprendre et potentiellent casse-gueule. On trouve désormais des drapeaux turcs en vente partout y compris en stıckers ou objet divers. les trois couleurs kurdes sont donc assez loin aussi. 

C'est probablement ces deux mondes qui font qu'on arrive à l'aéroport Sabiha Gökçen, nom de la première aviatrice de l'armée turc qui participa au bombardement de Dersim. Elle fait partie des figures du nationalisme turc.  il y a de belles photos d'elle à l'aéroport, histoire d'ajouter au décalage. A l'aéroport de Diyarbakir c'était d'ailleurs très tendu on a assisté à deux arrestations. Le nombre de polişciers pour un si petit endroit est impressionnant. Une histoire de bagages et une autre qui nous demeurent les ont amené en une heure à escorter deux hommes dans une pıèce située au centre de la salle d'enregistrement ( qui est très petite, 6 comptoires et quelques rangées de sièges pour attendre). 

Nous avons encore quelques rencontres demain puis il faudra se mettre au travail pour mettre en ordre tout ce que nous avons découvert.

Bises 



Anouk


PS : Tarik c bon pouır meninguisch il sera dans le sac de Nico. Et si ca vous intéressse avec Raphael on a reperé des blanches en bonne état dans l'immeuble où on dormait hier. 

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Nous voici au bout de la partie kurde et à deux heures de l'avion. Nous avons repris les petits bus hier et le ferıbot ( comme ils l'écrivent ici) pour retourner sur Diyarbakır. Sur le ferry, nous avons disctuté avec une petite dame quı nous a conté l'histoire de son village disparu il y a 40 ans quand le Kurdistan est devenu une terre d'exploitation pour l'Etat. a l'époque ce n'était pas des barrages politiques mais bien des barrages pour l'électricité. Elle a dit regretter qu'ils n'aient pas lutté à l'époque. J!ai enfin compris que tous les lacs que nous avons vu sont des créations humaines. la région de l'époque n'était traversée que par l'Euphrate. C'est donc unpaysage totalememt créé que nous avions sou les yeux. A Dıyarbakır nous avons retrouvé notre première appartement et croisé des Argentins venus voir à la fois Kandil (les lieux où se trouvent les forces arnées du PKK rm İrak, le Rojava, l'une revenait de Kobané et ils essayent de voir s'il est possşble dans le canton de Djezıre (le plus à l'est). En arrivant d'ırak l'un d!entre eux avait subi un controle d'identité à la frontire turaue (par lesTurcs) et saisir toutes ses notes, ımages et autres. Puis il a été laissé là ayant perdu tous ses contacts. İl a marché surp lusieurs kilomètres avant de trouver une ville puis de venir à Diyarbakir où à nouveau il a du chercher des gens qui pourraient l'aider. İl avait l'air de bien se porter. A chaque fois qu'on reient à Dıyarbakır on croise des gens du monde entier, c'est assez surprenant. en meme temps, le mouvement kurde se sent seul. C'est notamment ce que nous a dit l'une dernières personnes que nous avons entretenue. Aucun Etat ne les soutient, et l'UE comme les Etsta Unis jouent un double jeu de pğseudo soutien à la révolution du Rojava mais ils font pression pour que le Rojava aille vers un système nationaliste. Ainsi ils ont fait savoir qu'ils ont peu apprécıé que des élections se tiennent dans le canton de Djezıreh sur les principes de multiculturalité. Je n ai pas le temps maintenant de vous raconter tout mais c'était l'une des rencontres les plus ıntéressantes.


Sinon ce matin nous nous sommes levés à l'aube pour visiter enfin Dıyarbakır sous le soleil. Nous avons pu marcher jusqu'au jardin d'Hevsel qui sont des jardins historiques de la ville où l'on produisat notamment des pastèques, fruit aui est l'emblème de la ville. Ces jardins ont failli etre raser il y a un an et demi mais une grosse lutte a eu lieu et pour l'instant ils demeurent. Un chantier est resté en l'état sur l'une des collines. ça fait étrange. 


İl nous est aussi arrıvé une aventure assez drole dans le quartier ou nous dormons deux personnes, une tres jeunes garçon et un homme tres vieux nous ont arreté en nous entendant parler français et nous ont dit qu'ils cherchaient des interlocuteurs pour pratiauer cette langue. Le vieil homme a regretté de ne pas nous avoir rencontré il y a deus maines. D'ailleurs la femme sur le ferıbot nous avait abordé pour la meme raison, elle avait appris le français il y a ans 40 de cela au lycée. Elle voulait devenir ınfirmiere aussimais elle n'a jamais reéussi l'examen de la fac et n'a pas pu. Pour devenir étudiant la sélection est très rude. Je pourrai vous en parler dans mon dermiere mail car à İstanbul se mène une lutte étudiante en cemoment, nous allons aller voir ça pour nos derniers jours.


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Minh



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MessageSujet: Re: Kurdistan : mails envoyés au fur et à mesure   Mer 10 Juin 2015 - 11:43

Super, c'est l'occasion de les lire. Je voulais le faire, je vais le faire ici.
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Minh



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MessageSujet: Re: Kurdistan : mails envoyés au fur et à mesure   Lun 15 Juin 2015 - 9:02

L'album photo de la fête à République pour la victoire aux législatives du HDP les dimanche 7 juin 2015 :
https://plus.google.com/photos/102663407539908626991/albums/6157947079191390705?authkey=CIXtiq7QvJCJmQE

Très très familial comme aux différentes manifs.
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Minh



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MessageSujet: Re: Kurdistan : mails envoyés au fur et à mesure   Lun 15 Juin 2015 - 12:51

Tout lu, ça y est.

As-tu eu des échanges de courrier avec Sarah depuis la "victoire" législative du HDP ?

On est forcément dans un rapport entre l'ici et l'ailleurs avec ces photos de la place de la République.

Faut que je revois le film de Godard sur la lutte palestinienne en 70 : http://www.cineclubdecaen.com/realisat/godard/icietailleurs.htm
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MessageSujet: Re: Kurdistan : mails envoyés au fur et à mesure   

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