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 Echange autour de Exhibit B

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Radinouk

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MessageSujet: Echange autour de Exhibit B    Ven 28 Nov 2014 - 15:08

Premiers mails (Minh)

À vue de nez, le théâtre politique au 104 a pas l'air raciste pour moi.
Ce qui se passe aujourd'hui, c'est que l'art est anesthésié et dès qu'il gêne un peu la bonne morale, personne n'est content.
Enfin, faut aller la voir pour juger sur pièce.

Pour info, le 104 c'était des Pompes Funèbres.



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Il y a une pétition contre l'exposition au 104.

Le texte est assez croustillant. Il est essentiellement idéologique (ils n'ont pas vu l'expo qui débute le 7/12). On dirait un texte du registre de la manif pour tous. Avec toute la bonne condescendance sur ce qu'on présuppose du public du nord de Paris, qui ne serait pas capable de comprendre le sens d'une telle oeuvre ou son racisme.

Les auteurs de la pétition dans leur grande naïveté (ils parlent de "leurs centres culturels") ne semblent pas saisir ce que représente la culture et son institution dans le processus du racisme d'état. Il y a une idée dans le monde de dire qu'en fait l'institution culturelle sert justement à occulter le racisme d'état. Par exemple, l'institution culturelle glorifie la notion d'auteur et d'oeuvre. Ce qui n'a pas d'auteur, n'existe pas pour l'institution culturelle.

Ainsi, les centres de rétention administratifs, pour parler d'eux, n'ayant pas d'auteurs, n'existent pas pour le public culturel...

Et a priori, c'est ce que les auteurs de la pétitions ne veulent pas voir, la réalité en face. Ils ne voient que l'institution culturelle et leurs petites oeuvres inoffensives bon teints.

La pétition et la levée de boucliers me donnent plutôt envie d'aller la voir cette expo : https://www.change.org/p/centre-104-th%C3%A9%C3%A2tre-g%C3%A9rard-philipe-d%C3%A9programmer-le-zoo-humain-exhibitb-contrexhibitb

Parce que de l'expo et de sa matérialité plastique et politique, on n'en parle pas.

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Erreur, l'expo a lieu du 27 au 30 novembre à Saint-Denis également. Mais je ne crois pas que les auteurs de la pétition aient vu l'installation. Rien ne me le fait dire en lisant le texte. On dirait qu'ils comportent que des ragots et des on-dit.

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Ce qui me fait penser que les termes sur "Bande de filles" ont été mal posés par moi. Ce n'est pas tant de ne pas voir ces filles dans des rôles de figures positives (on va dire) qui est gênant, ce qui est gênant, c'est que le film ne propose pas des personnes singulières à suivre et qui pensent.
Ces filles-là ne sont là que pour illustrer de gros thèmes bien grossiers pour enfumer et nous draper dans un flou d'anti-racisme (certains glorifient le fait qu'on voit "des noirs à l'écran" et "c'est pas si souvent que ça"). Moi ce que je vois, c'est surtout des gens instrumentalisés au service de l'auteure, représentés par l'auteure surtout, et mal.
L'opération du film c'est de dire constamment Noire=cité=drogue=sexisme. On a de gros thèmes comme ça qui nous pètent au visage. Dans une grosse essentialisation et de la femme et des "gens de couleur" et de la "cité". Ça marche pas, les rapports sont pas exactement justes. Faudrait détailler, certes.
Et je pense qu'il est possible de tout filmer, de faire des films sur les habitants de la Noue (tout est dans le respect d'un certain réel et dans une sorte d'économie de moyen cinématographique : ne pas nous faire avaler des couleuvres et passer des vessies pour des lanternes. Ne pas manipuler à outrance).
Comme d'ailleurs dans Tomboy ou Naissance des pieuvres, ses précédents films. Les personnages ne sont là que pour illustrer de grands thèmes mal posés.

Ça me rappelle Guiraudie qui disait que "l'homosexualité ce n'était pas un sujet de film". Ce qui est un sujet de film, c'est "l'amour" par exemple. Et à aucun moment, je ne vois d'amour ou des preuves d'amour... Peut-être fugitivement, mais c'est tout de suite écrasé par le scénario alambiqué ou autre chose.

Après, il faut trouver des situations, des émotions chez les gens. Filmer des choses. Un réel.

Dans "Bande de filles", il n'y a pas de sujet de film. Enfin, je l'ai pas vu. Il me fait l'effet d'un texte de Caroline Fourest ou des gens comme ça. Que de l'idéologie, pas d'intellectualité.

En ce qui concerne une oeuvre, il y aurait trois registres d'appréhension :
- son réel
- son imaginaire
- sa symbolique

Pour le film "Le Cauchemar de Darwin" par exemple :
- son réel est de laisser les gens crever
- son imaginaire, c'est l'exploitation des gens par les autres
- sa symbolique, c'est le réalisateur en sauveur-témoin des gens qu'il filme

Pour "Bande de filles" :
- son réel est de jouir du racisme, du sexisme du monde
- son imaginaire, c'est la lutte des classes
- sa symbolique, c'est l'anti-racisme, l'anti-sexisme du film

À préciser...

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Ainsi pour Exhibit B, ce qui gênerait a priori (j'invente d'après ce qu'en disent les gens cultureux et pétitionnaires), c'est qu'on leur donne à voir des oeuvres (un zoo humain, des sièges d'avion avec une personne expulsée bâillonnée) qui n'en sont pas selon leurs critères et leur culture d'occultation de la réalité, dominante.

En fait, les gens cultureux geignent parce que "leurs centres culturels" n'apparaissent plus comme les leurs, comme des leurres chargés d'occulter la réalité. On leur donne à voir des choses qui sont plutôt cachées d'habitude.

Après, il se peut parfaitement que l'exposition soit stérile ou pas très bien... genre télé-réalité. Mais au moins, ça peut montrer ce qu'on n'a pas l'habitude de voir. Nous spectateurs en position de dominants, de spectateurs culturels consommateurs d'institution culturelle.

Y aurait comme une sorte de subversion de la position de spectateur culturel. Une sorte de geste d'art contemporain de déplacement. Montrer des choses à des places pas habituelles.

Pour déplacer, faire travailler le regard. (Le racisme étant une affaire de regard, étant dans le regard aussi).

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La photo avec la dame de ménage dans l'installation au 104 me rappelle une scène dans Bande de filles. 

La jeune héroïne envoie chier sa mère, qui est femme de ménage, ambiance "la mère de l'héroïne a rien compris à la vie, elle a une vie de m...". De plus, on comprend que le film met l'accent sur le côté "démissionnaire" de la maman (le papa étant inexistant) (et aussi sur l'emprise d'un grand frère crypto-musulman qui frappe ses deux soeurs (je sais ça fait beaucoup)). Ça se fait en deux temps. On comprend que la jeune aime pas trop travailler, car elle tire la tronche et sa maman aussi. Ensuite, elle agresse la patronne de sa maman, ambiance "wesh wesh tu diras à ma maman que j'ai mieux à faire" complètement bidon.

J'avais pris ça comme le plus grand bras d'honneur aux femmes et hommes de ménage du monde, fait à l'écran.

L'exaltation complaisante de la pseudo-rébellion juvénile à l'eau-de-rose harlequin n'excuse pas tout, en fait... On sent que le film veut raconter une espèce de pulsion djeun's rebelle ; pour un-e spectateur-trice normalement constitué (avec un cerveau), on se dit dans des moments comme ça, que le film est juste débile.
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Radinouk

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MessageSujet: Extrait de mob Paris 8    Ven 28 Nov 2014 - 15:10

Sur ces belles paroles, faut vraiment que je lise le balibar...

 
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Radinouk

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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Ven 28 Nov 2014 - 15:11





Oui on voit rien, il nous aurait fallu les slogans en fait.

Mais si on suit Minh dans ce qu'il dit, ça peut aussi représenter le flou dans la tête des gens qui luttent contre le racisme.
Genre légende : une manif bien floue


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Très bien les photos, discours flou, manif floue, installation floue. Et puis je crois qu'au fond, un théâtre qui s'appelle Gérard Philippe, c'est vrai qu'on a envie de tout casser.
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Radinouk

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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Ven 28 Nov 2014 - 15:22

Le spectacle Exhibit B a été annulé ce jeudi soir à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Face aux manifestants très virulents rassemblés devant le théâtre Gérard-Phillipe, le directeur a décidé peu avant 20 heures d'annuler la représentation de ce jeudi. 

«Non au racisme déguisé», «Je ne suis pas un objet», «Respectez vos ancêtres». Voilà ce que l'on pouvait lire sur quelques-unes des pancartes brandies en début de soirée devant le théâtre par plus de deux cents manifestants très virulents. Ils étaient venus réclamer l'annulation d'Exhibit B, une exposition-performance de l'artiste sud-africain Brett Bailey. 

Car depuis sa création en 2013, Exhibit B suscite la polémique. Cet expo - performance présentant des hommes et des femmes noirs, vivants, dans des cages ou attachés. Il s'agit de dénoncer le racisme et le colonialisme. Exhibit B a reçu le soutien de la Cimade et d'autres associations anti-racistes. Mais l'exposition est jugée humiliante et raciste par ses détracteurs.

Quelques dégâts

Vers 19 heures, le directeur du théâtre a accepté de discuter avec un représentant de la «brigade contre la négrophobie», ce collectif qui avait appelé au rassemblement. Devant le théâtre, les cris continuaient à fuser. Les manifestants assuraient qu'ils ne partiraient pas tant que le spectacle n'aurait pas été annulé. Une demi-heure plus tard, la représentation n'avait toujours pas démarré. L'entrée principale du théâtre était bloquée par les manifestants. Des CRS étaient présents.

«Des manifestants ont ensuite voulu envahir la salle pour empêcher le spectacle d'avoir lieu. Il y a eu cinq minutes de tension mais la situation a été contrôlée par les forces de l'ordre» selon la police. Toutefois, il y a eu «quelques dégâts». Une vitre du théâtre a été brisée et des barrières renversées.

Finalement, après deux représentations qui ont pu avoir lieu - le public entre toutes les 20 minutes pour déambuler dans le théâtre et découvrir les différents tableaux vivants - la direction a décidé d'interrompre le spectacle. «Devant l'empêchement du public à accéder au théâtre, les représentations suivantes n'ont pu avoir lieu», ont déploré Jean Bellorini, directeur du TGP, et José-Manuel Gonçalvès, directeur du Centquatre, qui accueillera prochainement l'installation. 

Jeudi soir, les deux directeurs ignoraient encore si les représentations prévues le lendemain auraient lieu. Une réunion publique d'information est prévue à 19 h 30 au TGP.

Face à cette polémique, Fleur Pellerin, la ministre de la Culture et la maire de Paris Anne Hidalgo, ont affiché mercredi leur soutien au spectacle, condamnant fermement «les tentatives d'intimidation et de censure.»
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Radinouk

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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Ven 28 Nov 2014 - 15:22

Et encore
http://www.20minutes.fr/paris/1490311-20141128-saint-denis-representations-exhibit-b-annulees-apres-incidents-lors-manifestation#xtor=RSS-176
après, chai pas si c'est un pestacle raciste, mais j'ai pas vu l'expo (et sa m'tentes peu). L'art contemporain est pour moi par essence toujours plus ou moins nazi car il s'adresse à un public qu'a un patrimoine culturel très élevé et occidental. En en voyant, j'ressens toujours un mélange de perplexité (quand j'veux faire un effort) et d'outrage (car j'ai l'impression que non seulment on n's'adresse pas à moi, mais qu'en plus on fait tout pour pas qu'j'comprenne). La position des aut, qui semble être résumé à "c'est pas un blanc qui peu parler de l'oppression vécu par les noirs" me semble défendable en théorie, si argumenté de manière sérieuse, mais eux le font de manière trop simpliste. Par rapport au terme noir que j'viens d'utiliser dans les guillemets, toutes les images qu'j'ai vu d'l'expo nous suggère des sujets d'origine subsaharienne sans jamais le dire, cela dit en passant. De ce point de vu là, c'est raciste : seul les noirs sont victimes de ces traitements raciste ? Et qui est noir, qui ne l'est pas ?
 Cela dit, j'sais s'que j'penses des réactions médiatique là dessus : le racisme est là. L'article du parisien tentes d'y échapper, mais lache quand même "Devant le théâtre, les cris continuaient à fuser". Quand au 20 min, tout est dans le titre, et on passe de plus de 200 à 120 à 130 manifestants.
 Pour les chocolats, pareil, le cran n'argumente pas bien (en tout cas pas de manière à parler à des journalistes), la chocolatrie dit des trucs qui font penser qu'elle a embaucher le conseiller com' de brice hortefeux et les journaleux mélange condescendance et racisme poli.
Cela dit, remplaçons noir par femme et on se croirai devant un article sur une action de Osons le féminisme ou un truc du genre.

Pour finir, un ptit rappel historique dont j'avais parler à Minh. Les CRS ont été créés pour ne plus faire intervenir l'armée face au manifestant. Sa peu paraitre cool de la par de de gaule, mais en fait il a fait sa à une époque où l'armée était blindé de communistes et la police restait la même que sous Vichy. Illustration :
http://www.lepoint.fr/societe/des-nazis-dans-la-police-28-11-2014-1885212_23.php#xtor=CS3-190
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Radinouk

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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Ven 28 Nov 2014 - 15:23

Yes merci.

Oui, faut voir l'expo, comment c'est fait, car apparemment le type recrute localement à chaque fois. Et donc, ça parle qu'au deuxième degré de l'histoire. En premier, ça parle du présent et de l'institution culturelle (évidemment, pour une majorité de petits bourges). Faut vraiment que je la vois, mais si c'est une installation pour bourges (choquer le bourgeois), ce serait pas une surprise pour moi. L'important dans l'affaire, c'est les comédiens, leurs places et ce qu'ils en pensent. Là, c'est étonnant que les manifestants dénient la conscience et l'intelligence aux comédiens (professionnels ou pas) qui figurent dans l'installation. Ce serait comme manifester pour l'abolition de la prostitution sans prendre en compte les prostitué-e-s, ni les conditions de vie. Après, tant mieux, si les gens sont payés à rien faire si l'installation est bloquée.

Moi, je suis pour "brûler" le 104 et le TGP, mais pas pour les mêmes raisons... si j'ose dire.

Je crois que la brigade et stop au faciès veulent évidemment faire passer autre chose comme idée et revendication, et que l'installation était l'occasion de le faire.

Faudrait démontrer en quoi le TGP, le 104 tout ça, sont des lieux de ségrégation et de censure, et de formatage mental. Après, à Ferguson, ils bloquent des autoroutes, ici, on bloque des théâtres bourgeois...

Moi, je sais pas, j'ai pas de leçon à donner de mobilisation. Là, pour moi, ça sent trop mauvais de les dénigrer... et puis je tourne en rond...

L'art contemporain (et y a beaucoup de merdes comme dans l'art apparemment) consiste à déplacer des choses dans l'espace du musée. Décaler les choses. Là, apparemment, ils mettent dans un musée la figure de la dame de ménage. Et j'ai l'impression que les manifestants, ça ne leur plaît pas, alors que tous les jours, dans toutes les entreprises, jusque Paris 8, on ne voit que ça, des dames de ménage. Peut-être qu'il y a un mépris de classe ou un sentiment vexatoire. (Alors comment parler des "zoos humains" ? Moi, j'ai pas de solution. Mettre des "blancs" à la place des "noirs" dans des cages ? C'est naze.)

Et là, dans une installation d'art, on ne la veut plus de cette image de dame de ménage. Pourquoi ? Y aurait peut-être un peu de censure morale, ou une projection victimaire sur l'autre... (Mais alors pourquoi transformer en victimes les comédiens ?) Comme pour Bande de filles, les moralisateurs veulent des figures "positives". Or, moi je pense qu'on doit montrer les choses pour que ça change. Si on montre et analyse jamais comment ça marche dans les cités, comment veut-on changer les choses, voir le problème ? (C'est comme la pénicilline, mince, si des gens ne s'étaient pas penchés et n'avaient pas regardé les choses en face, y aurait pas de médicaments.)


Après, je veux rien glorifier du tout... ni l'art, ni quoi que ce soit...

Là, faudrait étudier en quoi l'installation artistique change la vie (des comédiens) concrètement. En plus, faudrait vérifier que les gamins qui voit l'installation découvrent des trucs quand même, je ne sais pas si on leur parle de tout ça au quotidien.

(Parce que c'est vrai, le public bourgeois, oui, on s'en tape un peu).

Grosse pépite dans le dernier paragraphe :
http://www.humanite.fr/moins-il-y-de-culture-moins-il-y-de-democratie-558874#sthash.HSd0gcbw.E6tHeHqL.dpbs

Vive la nsa et facebook (pour les photos).

Je crois qu'on nage dans le grand n'importe quoi. Bref j'ai le cerveau grillé :

Que les blancs m'excuse mais jai l'impression qu'ils ont quelque chose qui ne tourne pas rond ! Si c'était un camp de concentration juif qu'on représentait ainsi qu'est ce qui devait se passer ? Que vaut la vie des noirs dans cette france raciste !
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Radinouk

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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Ven 28 Nov 2014 - 15:23

Plusieurs choses dans le débat. En pièce jointe, un article du parisien qui a interviewé une des comédiennes.

Ensuite un mail passé sur une liste féministe après l'appel à la manif :

"Qui a vu Exhibit B pour dire que c'est un spectacle raciste ?
Qui connaît Brett Bailey, militant anti-raciste qui cherche dans son théâtre à dénoncer colonisation et racisme ?
Actuellement, est joué Macbeth de Brett Bailey qui dénonce le rôle des multinationales en Afrique.
Ses propos, son théâtre me semble sans ambiguïté : je n'ai pas pu aller voir Exhibit B hier annulé par les manifestants mais j'ai suivi le travail de Brett Bailey et j'ai assisté à la conférence de presse qui ne pouvait laisser planer aucun doute. La plupart des assos anti-racistes qui ont vu le spectacle l'ont d'ailleurs soutenu comme la CIMADE ou la ligue des droits de l'homme.
Je crois que ce spectacle qui parle des zoos humains et du racisme quotidien mais en changeant le regard (ce sont les acteurs qui nous regardent, chaque scène est accompagnée d'une explication historique...) met très mal à l'aise le spectateur en appuyant sur des points sensibles.
C'est choquant. Heureusement que ce spectacle existe pour dénoncer les politique à l'oeuvre qui se targuent d'anti-racisme alors qu'ils expulsent, discriminent.
Après avoir proposé une scène où une femme tient dans ses mains un panier rempli de mains coupées par le colonisateur belge aux esclaves qui ne rapportaient pas leur quota de latex, Brett Bailey met en scène un sans-papier attaché et baillonné sur son siège d'avion avec toujours l'accompagnement explicatif qui dénonce : son identité puis Orly, France, 1999.
Où est l'ambiguïté ?
Brett Bailey et ses performeurs nous montrent ce que nous avons envie d'oublier...


http://www.la-croix.com/Culture/Theatre/Macbeth-et-Exhibit-B-spectacles-chocs-de-Brett-Bailey-2014-11-24-1269062


http://www.theatregerardphilipe.com/cdn/exhibit-b-le-debat-oui-la-censure-non-exhibit-b"


Je pense que ce serait une très bonne intro pour le pavé que de faire un focus sur le débat autour du spectacle.
ça me pose une question tout ça qui est la forme du combat antiraciste. Doit-on exposer les violences pour combattre le racisme ou forcer l'imaginaire en rendant possible l'impossible. Par exemple, un homme qui enfante, un noir qui a une femme de ménage blanche... Il faut sûrement des deux mais comment s'agence-t-il à l'échelle de la culture ?
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Radinouk

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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Ven 28 Nov 2014 - 15:24

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Minh



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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Ven 28 Nov 2014 - 20:15

Quand on voit comment s'expriment la presse, c'est vrai que ça ne cherche pas à apaiser les tensions... Tu m'étonnes qu'après, les gens aillent casser sans réfléchir...

"une installation-parcours antiraciste de l’artiste sud-africain Brett Bailey, dont le but est de susciter le malaise chez les spectateurs en les confrontant, à travers des tableaux vivants, aux horreurs que les Noirs ont subies et subissent encore. "

http://www.liberation.fr/culture/2014/11/28/exhibit-b-empechee-par-des-manifestants-anti-negrophobie_1152767

Et puis on a tous ces parasitages comme La licra, Fleur Pellerin, les institutions qui te font la messe par-dessus... ainsi que la violence de la vie quotidienne : https://www.youtube.com/watch?v=-M430BxQIIg&feature=youtu.be


Pour un film antiraciste (pour parler comme ça) réussi, frontal, y a Freaks... ou moins frontal, le Faux coupable d'Hitchcock qui me viennent là.
Aussi, Un coupable idéal de Lestrade (procès d'un jeune) et The murder of Fred Hampton d'Howard Alk (le meurtre de Fred Hampton par la police).
Vol spécial (dans un centre de rétention en Suisse), de Fernand Melgar.

Pour Exhibit B, j'ai trouvé l'exposition idéale : mettre Taubira, Touraine, Valls, Hollande, Cazeneuve, Pellerin, Dati, Filipetti, Ayrault etc... tout ça, dans des cages. Ca ferait au moins 1 000 000 de spectateurs je pense.


Dernière édition par Minh le Ven 28 Nov 2014 - 20:40, édité 3 fois
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Minh



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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Ven 28 Nov 2014 - 20:39

Surtout, le film problématique de Kechiche "La vénus noire", qui pose vraiment cette question : peut-on humilier (enfin on a cette impression là ; elle fait pas des trucs super soft) une actrice quand le personnage est humilié ? Il parle justement du "zoo humain" à travers la Vénus Hottentote.

Et puis dans un film de Godard, on torture vraiment Michel Subor dans Le petit soldat. Un linge mouillé sur le visage et la flamme de briquet sur les mains dans une baignoire.

Dans Requiem pour un massacre, Klimov, le réalisateur tue vraiment une vache à un moment, et il explose des arbres. On peut dire que même si c'est dingo, ça peut passer (enfin, c'est quand même trop). Enfin ça passe mieux que dans Apocalypse Now, qui est une sacrée saloperie "un film contre le napalm avec du napalm".

Voilà, ça teste un peu ce qu'on peut faire au cinéma.

Après, tout ça, c'est un peu dans du cinéma à histoires, classiques.

Y a des tentatives tout à fait dignes concernant le racisme tout ça, mais j'ai pas de copie du film "L'insulte faite au paysage", qui était justement une installation également dans le même festival d'Avignon et qui a tourné un peu partout.

Je l'avais projeté à l'école de cinéma et y en a qui ont pris le film comme un film raciste. Faut comprendre, y avait que des Sénégalais, ils étaient nus au début, ils ne faisaient que s'insulter et insulter le spectateur et le paysage, pissaient face caméra, et ne racontaient pas de dialogues merdiques à l'eau de rose, etc.

La séquence d'ouverture, puissante :

https://vimeo.com/109751623

Et eux, ils ne conçoivent l'art que comme un changement des conditions de l'existant, c'est-à-dire que les gens qu'ils filment, ils les sortent de la merde vraiment dans la vraie vie, en instrumentalisant le système culturel et autres, jusqu'à ce que ces jeunes enfants des rues vivent leurs vies... Je ne dis pas si c'est bien, je dis que ça existe. 
Un des jeunes est devenu photographe jusque New York apparemment (il travaillait et prenait des photos d'autres enfants dormant dans les rues de Dakar). Ils avaient sorti un bouquin. http://www.leoscheer.com/spip.php?article98
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Minh



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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Sam 29 Nov 2014 - 9:47

Je crois que c'est simple...

Les manifestants souffrent également d'un délire transcendantal étatique. La pétition émane à la base d'un politicien de Montreuil, John Mullen (blanc), d'Ensemble Front de gauche, acquoquiné avec un normalien Claude Ribbe (noir) et Rokhaya Diallo que je ne présente pas.
On comprend la paresse intellectuelle et l'intérêt de faire de l'agit prop' en carton et accessible au plus grand nombre d'électeurs-trices spectateurs-trices de canal plus, sans rien froisser de son gagne-pain : se faire et garder une place de notable médiatique.
Florilège de twitter ci-joint.



















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Minh



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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Sam 29 Nov 2014 - 10:02

C'est d'autant plus choquant que les possibilités pour des artistes noirs de présenter leur œuvre dans des centres culturels prestigieux sont extrêmement limitées.


[...]


Nous demandons au centre 104, et au Théâtre Gérard Philipe, tous deux financés par de l'argent public, de déprogrammer cette exposition.


Pour en revenir à la pétition...



Ils ont une obsession, c'est l'argent public et l'accès aux institutions. Soit.


Tout cela est vrai à mon avis. (Étant noir, jaune, rouge étant un autre problème, mais un problème).


Le milieu de l'art serait comme le milieu "politique étatique". Pour parvenir, il faut un peu s'avilir, se constituer en lobby, se faire connaître, copiner, etc. C'est un milieu plutôt fermé de l'entre-soi, pour ce que j'en connais du milieu du cinéma. Un milieu qui reproduirait le schéma méritocrate ou élitiste de la société disons civile.


C'est d'autant plus fort dans le cinéma, que les subventions publiques sont accordées par commission, où siègent des professionnels de la profession. Ça coopte quoi.


Dans le cinéma, il y a des écoles étatiques publiques (fémis - dont je suis issu -, louis lumière). Dans le théâtre, c'est le conservatoire national pour acteurs et actrices. Les comédiens-ennes de la comédie française, beaucoup en sortent. Et dans les films, il y en a énormément. C'est une sorte de caste subventionnée. Les réalisateurs-trices producteurs-trices y-compris. De sorte qu'on peut presque parler de fonctionnaires de cinéma officiels (ce n'est pas un jugement).


Issus des écoles publiques par exemple : Pascale Ferran, François Ozon, Noémie Lvvosky, Arnaud Despleschin, Émilie Deleuze, tout ça et pleins de jeunes, issus très récemment de la fémis (dont des camarades de promo), genre Céline Sciamma (réalisatrice de Bande de filles).


Après, y a plein d'associations de type SRF (société des réalisateurs de films) qui dispose d'un espace au festival industriel à Cannes, la Quinzaine des réalisateurs. Et donc, la SRF, c'est l'endroit IN branché (qui a subi récemment un noyautage par des anti-conventions collective CGT) où il faut que t'adhères par exemple, comme ça tu as des avantages. Et en plus, tu as la caution intello et défendeur du cinéma d'AUTEUR blablabla. Donc tu as un lobby de soutien derrière. Et les valeurs, c'est pas que le cinéma de création, c'est le copinage.


Tout ce système ressemble à celui de type FIDL>UNEF>FCPE>OSEZ LE FEMINISME>SOS RACISME>PS mais faudrait préciser, je m'y connais pas assez.
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Minh



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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Sam 29 Nov 2014 - 10:04

Anecdote marrante et pratique, je sais que deux ou trois militantes du PS (étudiantes) m'avouaient sérieusement qu'elles militaient pour obtenir plus facilement du travail.
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Radinouk

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MessageSujet: un appel trouvé sur un blog de médiapart    Sam 29 Nov 2014 - 12:42

Ci dessous, un appel trouvé sur un blog de médiapart qui me semble un bon point de réflexion.
Je me demande si on devrait interviewé des gens pour les faire parler plus clairement sur ce qu'ils-elles pensent de cette polémique;

en anglais, un texte des acteurs : https://www.barbican.org.uk/news/corporatenews/statement-from-the-london-cast-o


Pour un Exhibit A…toutes celles et ceux qui nous inspirent

22 octobre 2014 |  Par foualem

A la lecture de la  pétition de John Mullen visant à interdire  Exhibit B, notre première réaction  fut indignation, colère, raz le bol. Marre que les Noirs soient toujours objets et si rarement sujets. Marre de cette fossilisation dans un statut de victime, de préférence muette, attendant, passive, qu’on veuille bien l’extirper du néant où elle croupit.

Marre que lorsqu’enfin présents dans des lieux de haute visibilité, ce soit toujours à la marge de l’humanité, anciens esclaves ou éternels sans papiers, objets de discours mal ou bien intentionnés, jamais porteurs d’une parole qui leur soit propre.

Nous avons donc signé. Cela suffisait. Stop. Très bien. Et puis après ?

N’est-ce pas une fois de plus tomber dans le piège de la réaction sans action concrète ? L’interdiction suffira-t-elle à changer pour autant les données du problème ? D’ailleurs quel problème ? La question du à qui, de qui, pour qui et quoi est très pertinemment posée par M. Jean-Marie Bataille, un des initiateurs de la pétition, nous ne reviendrons pas là-dessus. (cf  http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-marie-bataille/161014/un-nouveau-zoo-humain-au-xxieme-siecle-paris )

Le problème plutôt que cette exposition en elle-même n’est-il pas que d’autres points de vues, à commencer par celui des personnes concernées, n’aient pas accès à la même visibilité ?

Plutôt qu’une interdiction qui tuerait dans l’œuf toute possibilité de débat, nous proposons au contraire de nous saisir de cette occasion pour lever les non-dits qui l’étouffent. A Exhibit B qui pétrifie les Noirs dans une posture de victimes muettes, nous répondrons par Exhibit A… celles et ceux qui nous inspirent. Une performance qui mettra en scène la parole des habitants, intellectuels, journalistes, connus ou inconnus ayant en commun non pas une couleur de peau ou un genre mais leur diversité.

Nous appelons toutes les personnes, noires, jaunes, blanches, rouges, vertes, riches, pauvres, moches, belles, femmes, hommes, isolées, en association, etc. à nous rejoindre. Pour nous-mêmes, pour nos enfants, pour un demain constructif, dès aujourd’hui.

Nous vous proposons une première rencontre au Centquatre, où l’exposition est programmée, dans la nef Curial (hall central), le samedi 1er novembre à 15h30.

Contact : qheil93@gmail.com
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Minh



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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Sam 29 Nov 2014 - 13:07

Je vais lire le texte anglais...

Sauf qu'il faut partir d'Exhibition B et non de la pétition de John Mullen pour leur spectacle, enfin, j'y participe pas...

Il est largement vrai que les lieux culturels prennent pour des cons les gens et qu'il y a trop peu d'art populaire.

Je vais essayer de tirer les fils du texte de la pétition, pour en faire un Exhibit C.
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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Sam 29 Nov 2014 - 14:09

Cool. Ok.

On va dire que les manifestants sont 1er degré, ils sont plus ou moins dans la caverne de Platon, l'illusion que tout est vrai.

Et le-la spectateur-trice qui regarde a l'illusion devant elle et en même temps, sait qu'il y a de vrais personnes devant elle, qui jouent un rôle. Et les vraies personnes savent qu'elles jouent un rôle. Personne n'est dupe et pourtant l'illusion agit, donne à penser. 

Ce qui me choque dans le discours de John Mullen et des protestataires, c'est qu'ils pourraient très bien s'appuyer sur l'expo en la voyant (puis en la détruisant par les arguments) pour parler des expulsions et des migrants etc. Mais pourquoi ils ne le font pas ?

Là, ils vont directement au contact avec les keufs (enfin c'est les keufs qui tapent en premier visiblement) et se font péter la gueule.

----
Rien à voir, mais le tarif plein c'est 22 euros. 15 euros au 104.


Je ne sais pas si ça joue un rôle dans la ségrégation et la sélection sociale du public.


Ça me rappelle la remarque de Jean-Paul Curnier sur les Occupy Wall Street (grosse classe moyenne) qui ont mendié et qui ont récolté 450 000 dollars en deux semaines. Il dit qu'on devine bien de qui ils sont les enfants dans la société.

--- 
Un peu d'humour et d'espoir :
  










un autre témoignage : 


Hier j'ai assisté à la Générale d'Exhibit B. J'y allais avec de fortes réticences mais hostile à la censure contre une pièce que personne n'a vu.
J'en suis ressortie très impressionnée. Ce que j'ai vu est très loin de la caricature qu'on en donne. Des panneaux placés devant des hommes et des femmes immobiles expliquent, par des exemples concrets, la politique raciale et de déshumanisation de l'esclavage à la colonisation et jusqu'aux politiques actuelles à l'égard des immigrés, taxés d'"objets trouvés", en provenance de Lampedusa, à titre d'exemple. Mais derrière ces panneaux, il y a des hommes et des femmes très humains et très dignes quelle que soit la situation qu'ils illustrent. Ce que le metteur en scène met en valeur c'est l'horreur des situations, justifiées par la croyance en la supériorité d'une race, mais, dans le même temps, c'est l'incapacité dans laquelle se sont trouvés et se trouvent aujourd'hui tous ces bourreaux à priver leurs victimes de leur humanité. C'est cela que m'ont dit leurs regards, cela que j'ai entendu à travers une longue mélopée chantée par cinq "têtes coupées".
peut être d'autres ont-ils ressentis autre chose, peut être qu'ils en sont sortis choqués ou hostiles. La question n'est pas là. Cette pièce donne à regarder et à réagir, libre à chacun d'adhérer ou non, en toute liberté.


Dernière édition par Minh le Sam 29 Nov 2014 - 14:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Sam 29 Nov 2014 - 14:19

Radinouk a écrit:
Ci dessous, un appel trouvé sur un blog de médiapart qui me semble un bon point de réflexion.
Je me demande si on devrait interviewé des gens pour les faire parler plus clairement sur ce qu'ils-elles pensent de cette polémique;

en anglais, un texte des acteurs : https://www.barbican.org.uk/news/corporatenews/statement-from-the-london-cast-o


Pour un Exhibit A…toutes celles et ceux qui nous inspirent

22 octobre 2014 |  Par foualem

A la lecture de la  pétition de John Mullen visant à interdire  Exhibit B, notre première réaction  fut indignation, colère, raz le bol. Marre que les Noirs soient toujours objets et si rarement sujets. Marre de cette fossilisation dans un statut de victime, de préférence muette, attendant, passive, qu’on veuille bien l’extirper du néant où elle croupit.

Marre que lorsqu’enfin présents dans des lieux de haute visibilité, ce soit toujours à la marge de l’humanité, anciens esclaves ou éternels sans papiers, objets de discours mal ou bien intentionnés, jamais porteurs d’une parole qui leur soit propre.

Nous avons donc signé. Cela suffisait. Stop. Très bien. Et puis après ?

N’est-ce pas une fois de plus tomber dans le piège de la réaction sans action concrète ? L’interdiction suffira-t-elle à changer pour autant les données du problème ? D’ailleurs quel problème ? La question du à qui, de qui, pour qui et quoi est très pertinemment posée par M. Jean-Marie Bataille, un des initiateurs de la pétition, nous ne reviendrons pas là-dessus. (cf  http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-marie-bataille/161014/un-nouveau-zoo-humain-au-xxieme-siecle-paris )

Le problème plutôt que cette exposition en elle-même n’est-il pas que d’autres points de vues, à commencer par celui des personnes concernées, n’aient pas accès à la même visibilité ?

Plutôt qu’une interdiction qui tuerait dans l’œuf toute possibilité de débat, nous proposons au contraire de nous saisir de cette occasion pour lever les non-dits qui l’étouffent. A Exhibit B qui pétrifie les Noirs dans une posture de victimes muettes, nous répondrons par Exhibit A… celles et ceux qui nous inspirent. Une performance qui mettra en scène la parole des habitants, intellectuels, journalistes, connus ou inconnus ayant en commun non pas une couleur de peau ou un genre mais leur diversité.

Nous appelons toutes les personnes, noires, jaunes, blanches, rouges, vertes, riches, pauvres, moches, belles, femmes, hommes, isolées, en association, etc. à nous rejoindre. Pour nous-mêmes, pour nos enfants, pour un demain constructif, dès aujourd’hui.

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Très beau texte des acteurs-trices. Oui pour interviewer celles et ceux de St-Denis. Au moins pour la documentation.

La mécanique protestataire est la même que pour l'abolition de la prostitution.
Et dans un autre registre la polémique sur Tomboy et la manif pour tous. Je pose que les faf n'ont pas vu Tomboy, car ce film a tout pour leur plaire. C'est le problème de crier au loup. Si on juge pas sur pièce, ça marche pas.
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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Sam 29 Nov 2014 - 19:19

Radinouk a écrit:
Ci dessous, un appel trouvé sur un blog de médiapart qui me semble un bon point de réflexion.
Je me demande si on devrait interviewé des gens pour les faire parler plus clairement sur ce qu'ils-elles pensent de cette polémique;

en anglais, un texte des acteurs : https://www.barbican.org.uk/news/corporatenews/statement-from-the-london-cast-o


Pour un Exhibit A…toutes celles et ceux qui nous inspirent

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A la lecture de la  pétition de John Mullen visant à interdire  Exhibit B, notre première réaction  fut indignation, colère, raz le bol. Marre que les Noirs soient toujours objets et si rarement sujets. Marre de cette fossilisation dans un statut de victime, de préférence muette, attendant, passive, qu’on veuille bien l’extirper du néant où elle croupit.

Marre que lorsqu’enfin présents dans des lieux de haute visibilité, ce soit toujours à la marge de l’humanité, anciens esclaves ou éternels sans papiers, objets de discours mal ou bien intentionnés, jamais porteurs d’une parole qui leur soit propre.

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N’est-ce pas une fois de plus tomber dans le piège de la réaction sans action concrète ? L’interdiction suffira-t-elle à changer pour autant les données du problème ? D’ailleurs quel problème ? La question du à qui, de qui, pour qui et quoi est très pertinemment posée par M. Jean-Marie Bataille, un des initiateurs de la pétition, nous ne reviendrons pas là-dessus. (cf  http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-marie-bataille/161014/un-nouveau-zoo-humain-au-xxieme-siecle-paris )

Le problème plutôt que cette exposition en elle-même n’est-il pas que d’autres points de vues, à commencer par celui des personnes concernées, n’aient pas accès à la même visibilité ?

Plutôt qu’une interdiction qui tuerait dans l’œuf toute possibilité de débat, nous proposons au contraire de nous saisir de cette occasion pour lever les non-dits qui l’étouffent. A Exhibit B qui pétrifie les Noirs dans une posture de victimes muettes, nous répondrons par Exhibit A… celles et ceux qui nous inspirent. Une performance qui mettra en scène la parole des habitants, intellectuels, journalistes, connus ou inconnus ayant en commun non pas une couleur de peau ou un genre mais leur diversité.

Nous appelons toutes les personnes, noires, jaunes, blanches, rouges, vertes, riches, pauvres, moches, belles, femmes, hommes, isolées, en association, etc. à nous rejoindre. Pour nous-mêmes, pour nos enfants, pour un demain constructif, dès aujourd’hui.

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Alors dans le lien vers le blog de Jean-Marie Bataille, y a une pépite que je trouve un peu symptomatique du romantisme de sa prose (indépendamment de ce qui est positif dans le travail du collectif en cours).

Moi je peux pas qualifier 2005 de "dialogue" entre les jeunes et la police. C'était de la confrontation pure.

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Minh



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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Dim 30 Nov 2014 - 22:54

Je suis resté de 14h30 à 17h. La représentation du spectacle se tenait de 15h à 18h.
Pour les revendications, ça ne volait pas haut (mais je me suis peut-être trompé de jour et dans les vidéos on entendait de belles voix, genre celle de Casey qui en 2 minutes arrive à être plus efficace). Il n'y a guère que la brigade antinégrophobie qui parlait de discriminations un peu concrètes (de la difficulté de se loger et encore). Le normalien était un peu dogmatique, parlant de ses actions militantes (le souhait d'avoir un monument parisien dédié à la résistance noire), ses relations désastreuses avec la mairie de Paris à ce propos et au propos de la commémoration de l’esclavage, des trois-quatre livres qu'il a écrits et de ses films (lui et lui-même). Le discours convergeait vers le souhait d'une repentance de l'état français, une meilleure prise en compte de tout le monde, et la création d'un centre culturel "Alexandre Dumas" à Saint-Denis. Applaudissements pour Ribbe à convoquer Ferguson, Robespierre et sa statue regardant le TGP, et le fait que les bureaucrates ne savaient même pas écrire Gérard Philipe sur les panneaux de la ville. Avec ses belles chaussures et son beau manteau, il se plaignait aussi que comme intellectuel, il était pauvre. Néanmoins, le mouvement a réussi à faire venir des cars entiers de flics et on pouvait ainsi voir le bras armé de la culture en France.
La porte-parole a parlé du combat des homos qui ont gagné le PACS, un modèle peut-être pour leur lutte.
Alors le normalien en a sorti des bonnes, traitant les performeurs-ses de « bénis-oui-oui », de « figurants », l’artiste d’ « Afrikaner », et en déclarant « l’Afrique, ce n'est pas que l'Afrique subsaharienne ». Il a souligné une victoire du mouvement donc, que l’oppression est sortie de l’installation (la police) pour venir dans la rue. Et que le sceau de la honte était jeté sur le TGP.
Le grand truc, c'était aussi que ceux et celles qui ont pris la parole se sentaient détenteurs et propriétaires de la mémoire collective historique et que l'artiste Bailey la leur volait. Et j'ai senti une grosse difficulté chez eux et elles à dire cela sans broncher (silence dans l’auditoire), alors qu'ils et elles n'ont pas vu l'oeuvre. Gros dogmatisme. C’est pas que j’en ai quelque chose à faire de l’installation, mais j’ai senti que ça aurait pu leur faire du bien de la voir, pour mieux argumenter ensuite. Car là, ça devenait juste une diabolisation dogmatique des « méchants blancs ». Mais bon, l'important n'était pas là à mon avis.
L'analyse du présent consistait à dénigrer (à juste titre) les associations antiracistes labellisées d'état (brigade antinégrophobe contre Mrap, Licra), le refus de mettre des monuments de commémoration par la ville de Paris, Lilian Thuram et autres sommités à deux balles (« Pascal Blanchard qui porte bien son nom » grosse vanne faite par le normalien)…, à dire que les grandes figures de résistance noires n’étaient pas mises en avant par l’état, que l’histoire à l’école était mal enseignée et incomplète…
Je suppose que le succès de ce genre d'action, c'était plutôt d'affirmer un NON (en émeute) à un moment à une oeuvre artistique politique, et de se constituer en collectif. Ce que j'ai senti comme réussi vu le nombre de flics présents.
Y avait même le chef flic, celui qui était intervenu à P8 au moment des troubles contre Binczak.


Je suis arrivé des jours trop tard. Ils ont matraqué des gens. Et leur travail de mobilisation a été exemplaire. Je suis en train de voir les reportages des manifs.
J'ai cru que le problème était un problème esthétique, mais franchement là, je crois que l'important est de tout bloquer. Ça va continuer au 104.
Ils veulent raconter des choses à partir des figures de résistance "noire". C'est vrai que ça manque. Ça changera d'Omar Sy et de X-Men.

































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MessageSujet: Point polémique crucial par un spectateur de l'install.   Mar 2 Déc 2014 - 11:37

Point polémique crucial par un spectateur de l'install.

[...] Le metteur en scène, Bailey, pure produit de l'apartheid refuse de mettre en scène le blanc. De mettre en scène ses grands parents, ses parents, lui même violant des femmes, coupants des têtes des mains, ou faisant bouillir les enfants pour le plaisir ou pour des raisons économique et religieuse. Il refuse de le faire par choix "artistique" selon son propos. La pièce s'appelle "Exhibit B" (qu'on peut traduire par "exhiber du nègre"), on ne peut donc voir que le noir, en victime passive et immobile de l'histoire. Aucun des résistants à la traite négrière ou héros de l'anticolonialisme ne sont présents. Aucune explications sur les causes et les conséquences de cette guerre contre l'Afrique menée par l'Europe durant des siècles ? [...]
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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Mer 3 Déc 2014 - 9:07

[...] La France s’est toujours enorgueillie de défendre les artistes et les œuvres, d’être une terre d’accueil et de liberté pour les créateurs du monde entier. Nous devons aujourd’hui nous montrer dignes de l’héritage de tous ceux qui se sont battus au nom de cette liberté. [...]


FLEUR PELLERIN
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Radinouk

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MessageSujet: Re: Echange autour de Exhibit B    Sam 6 Déc 2014 - 10:41

Atelier d'écriture autour de Exhibit B

Étrange que ce soit un rassemblement autour d'une expo sur l'esclavage, alors qu'il y a du mal à faire des rassemblements sur le racisme.= on est un peu perdu.
Double page graphique autour de la réflexion sur le racisme à partir d'exhibit B.

Liens avec Bande de filles
Question de la solidarité de classe
Renforcer la page graphique Exhibit B par un article sur la question de la classe (Hijack Stories, black panther party, genre-classe-race)
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Echange autour de Exhibit B
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